Conformément à l’article 75 du décret du 22 août 1995 relatif à l’organisation judiciaire, le doyen du Tribunal de première instance (TPI) de Jérémie, Me Jean Michelet Seide, a procédé, le lundi 5 octobre 2026, à l’ouverture solennelle de l’année judiciaire 2026–2027. La cérémonie s’est tenue dans l’une des salles d’audience dudit tribunal, situé dans l’aire de Gragamora. De nombreuses personnalités de l’administration publique, des représentants du barreau de Jérémie et des justiciables y ont assisté.
Intervention du doyen du tribunal
Prenant la parole devant les acteurs du système judiciaire, le doyen du TPI de Jérémie, Me Jean Michelet Seïde, a rappelé l’importance capitale de l’éthique et de la déontologie. Ces valeurs demeurent essentielles pour préserver l’intégrité de la justice.
À la tête de la juridiction depuis bientôt un an, Me Seïde a dressé un constat critique. Il a dénoncé plusieurs dysfonctionnements majeurs liés à l’administration et aux procédures. Le doyen a notamment pointé du doigt l’emploi irrégulier de bénévoles non assermentés dans l’instruction des dossiers et la pratique de jugements préfabriqués. Le président a également déploré la perte de solennité lors des audiences et le non-respect récurrent de l’horaire légal de 10 heures du matin. Face à ces dérives, le doyen a réaffirmé la nécessité de se conformer aux exigences du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ).

Le magistrat a également fustigé plusieurs pratiques abusives. Parmi elles figurent la prolifération de demandes d’habeas corpus injustifiées et la délivrance d’attestations de complaisance. Il a dénoncé les libérations irrégulières d’accusés par de simples ordonnances avant les assises criminelles, ainsi que la marchandisation de la liberté via le mécanisme de désistement.
Poursuivant son intervention, Me Seïde a abordé la gestion des affaires foncières, la délinquance juvénile et la lutte contre la corruption judiciaire. Il a déploré la mauvaise gestion des litiges fonciers et l’absence de mandats valides pour représenter les ressortissants de la diaspora. Le non-respect des règles d’arpentage a aussi été souligné. À ce sujet, l’honorable a rappelé qu’une autorisation écrite préalable du doyen est obligatoire pour toute opération d’arpentage. « Le non-respect de cette règle entraîne la nullité absolue de l’acte et des poursuites pénales », argumente-t-il. Me Jean Michelet Seïde a par la suite incité les citoyens à dénoncer les arpenteurs clandestins.
Déterminé à combattre l’absentéisme, la corruption et la détention préventive prolongée, le doyen a lancé une mise en garde. Il a fermement rappelé aux juges de paix et aux greffiers que le service public est rétribué par l’État. Ces derniers doivent agir avec assiduité sans exiger de rémunérations illégitimes. Enfin, le magistrat a informé l’assistance d’une démarche formelle auprès du CSPJ, a savoir sollicité en urgence auprès de la Cour la nomination d’un juge pour enfants afin de traiter efficacement la délinquance juvénile dans sa juridiction.
Bilan de l’année judiciaire 2025-2026
De son côté, le commissaire du Gouvernement, Me Jean Marie Gaetjens Alexandre, a présenté le bilan de ses deux années de gestion. Cette période a été marquée par le redressement des activités du Parquet après un fort dysfonctionnement. Grâce au renforcement des effectifs magistraux et à une étroite collaboration avec le doyen, des audiences régulières et des assises criminelles ont pu être organisées. Ces initiatives ont permis de statuer sur le sort de 25 détenus. Poursuivant sur cette lancée, le commissaire a annoncé que 37 dossiers sont déjà prêts pour la prochaine session d’assises.
Détaillant ses priorités d’action, Me Alexandre a réaffirmé son engagement ferme à lutter contre la détention préventive prolongée et à combattre l’insécurité foncière. Dans ce dernier domaine, plus de 150 mandats ont été émis.

Il a également promis de réprimer systématiquement les violences sexuelles, une volonté matérialisée par la désignation d’un substitut spécialement dédié à ces dossiers.
Le chef du parquet a évoqué des obstacles tels que les ingérences politiques, les dérives de certaines autorités locales et l’inexécution de certains mandats. Malgré cela, le chef de la poursuite légale s’est dit pleinement déterminé à assainir l’administration de son institution. Me Jean Marie Gaetjens Alexandre a conclu en exprimant sa gratitude envers le personnel judiciaire, la police et la population pour leur soutien continu.
Allocution du Bâtonnier de l’Ordre des avocats
Dans son allocution, le bâtonnier de l’Ordre des avocats de Jérémie, Me Roosevelt Charles, a salué les efforts des autorités judiciaires locales. Le représentant des avocats a toutefois déploré les lourdes conséquences de la grève des parquetiers, laquelle a paralysé le système judiciaire pendant quatre mois.
Selon lui, la justice est une œuvre collective. Elle exige un travail d’équipe, le respect de la déontologie et une considération mutuelle entre magistrats, avocats, greffiers, huissiers et forces de l’ordre.

Le bâtonnier a ensuite appelé à intensifier la lutte contre la détention préventive prolongée. Pour finir, Me Charles a exhorté la communauté juridique à se préparer activement à l’entrée en vigueur des nouveaux codes pénal et de procédure pénale.

Après la levée de l’audience du jour constatée par le tribunal, la cérémonie s’est clôturée dans la convivialité. Le doyen Jean Michelet Seide a en effet convié les participants et les invités à partager une collation.

