Le cinéma haïtien marque une nouvelle étape historique avec la sélection du long métrage Marie-Madeleine au Festival de Cannes 2026, dans la section Cannes Première. Après le succès de Freda, présenté dans la section Un Certain Regard en 2021, l’actrice, scénariste et réalisatrice haïtienne Gessica Généus revient une seconde fois en Sélection officielle, confirmant sa place parmi les figures majeures du cinéma caribéen contemporain.
Créé en 1946, le Festival de Cannes demeure l’un des rendez-vous cinématographiques les plus prestigieux au monde. Chaque année, le festival réunit réalisateurs, acteurs, producteurs et critiques autour d’œuvres qui interrogent les réalités humaines, sociales et politiques de notre époque. Cette 79e édition, organisée du 12 au 23 mai 2026 au Palais des Festivals à Cannes, est présidée par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook.
Dans Marie-Madeleine, Gessica Généus occupe une double fonction : elle signe la réalisation du film tout en incarnant le personnage principal, une prostituée qui recueille Joseph, un jeune évangéliste introverti étouffé par les dogmes religieux de sa communauté. Cette double posture artistique renforce l’intensité du récit et traduit une volonté d’immersion totale dans les thèmes abordés. Le film explore les tensions entre foi, désir, culpabilité, spiritualité et marginalité dans une société profondément marquée par les jugements moraux.
Dans une interview accordée à la journaliste Manon Durand pour le Festival de Cannes, la cinéaste revient sur l’origine de cette réflexion:
« Je crois que c’est le désir d’explorer notre rapport en tant que peuple avec la moralité, en Haïti. Ce tiraillement entre le bien et le mal, mais aussi ce jugement permanent, découle beaucoup, à mon sens, de la pauvreté du pays : on est tout le temps en train de trouver quelqu’un ou quelque chose à blâmer de ce qui nous arrive. On se retrouve toujours dans cette dualité : soit c’est bon, soit c’est mauvais. Et pour moi, qui crée dans une zone beaucoup plus grise, c’était intéressant d’observer cette dichotomie-là, en la contrebalançant avec mon propre point de vue. »
L’actrice, scénariste et réalisatrice haïtienne Gessica Généus
À travers cette déclaration, Gessica Généus met en lumière une société haïtienne traversée par les contradictions entre le sacré et le profane, entre croyances religieuses et réalités sociales. Le film interroge ainsi les notions de pureté, de condamnation et de rédemption, tout en donnant une voix aux personnages marginalisés.

La sélection de Marie-Madeleine à Cannes représente également une avancée importante pour le cinéma haïtien, souvent confronté au manque de moyens et à une faible visibilité internationale. Malgré les crises que traverse Haïti, des artistes comme Gessica Généus continuent de porter des récits puissants capables de franchir les frontières et de faire rayonner la culture haïtienne sur les plus grandes scènes du monde.
Avec cette nouvelle sélection officielle, le parcours de Gessica Généus s’inscrit désormais dans l’histoire contemporaine du cinéma haïtien. Marie-Madeleine apparaît non seulement comme une œuvre cinématographique ambitieuse, mais aussi comme une réflexion profonde sur la société, la foi et les zones grises de l’humanité.

L’aboutissement de ce projet exceptionnel se concrétise aujourd’hui même : l’œuvre fait en effet sa grande Première mondiale ce jeudi à Cannes. Un moment très attendu qui braque, une fois de plus, les projecteurs internationaux sur la résilience et le talent éclatant du septième art haïtien.

