Thélyson Orélien sort du silence après la polémique autour de son roman C’était ça ou mourir

Dans une déclaration intitulée Ce roman que j’ai écrit, transmise aux médias par les Éditions du Boréal, son éditeur québécois, l’auteur revient sur la genèse de son ouvrage, les accusations dont il fait l’objet et les critiques liées à ses précédents écrits.

La controverse a pris de l’ampleur en septembre, après que le compte X « Balance ton Claude » a utilisé l’outil de détection Pangram pour affirmer que le roman aurait été presque intégralement rédigé par une intelligence artificielle. Thélyson Orélien rejette catégoriquement ces accusations. Il reconnaît toutefois avoir eu recours à des outils numériques pour effectuer certaines recherches, notamment sur des expressions étrangères. Il précise avoir commencé l’écriture du roman à l’automne 2017 et avoir terminé une première version de plus de 300 pages en 2019.

Dans sa déclaration, l’écrivain revient également sur ses anciennes publications et reconnaît s’être approprié des textes d’autres auteurs. Il évoque notamment son admiration pour plusieurs figures littéraires, parmi lesquelles René Depestre, Édouard Glissant et Aimé Césaire, tout en admettant que cette admiration ne justifiait en rien ses actes.

L’écrivain haïtien Thélyson Orélien et la couverture de son roman, publié le 9 mars 2026 aux Éditions du Boréal.

« J’ai commis des erreurs inacceptables, malgré la jeunesse et l’inexpérience. Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve », affirme-t-il.

L’auteur distingue cependant ces erreurs passées des accusations visant son roman actuel. Selon lui, le fait d’avoir commis des fautes dans sa jeunesse ne constitue en aucun cas une preuve que C’était ça ou mourir, commencé en 2017, aurait été écrit par une machine.

Publié aux Éditions du Boréal au Québec, puis chez Grasset en France en août 2026, C’était ça ou mourir raconte le parcours de Jonas Dorléon, un professeur qui fuit les violences de Port-au-Prince pour rejoindre Montréal.

À travers ce personnage, Thélyson Orélien explore des thèmes qui traversent également sa propre histoire : Haïti, la migration, l’exil et le rapport à la terre d’origine.

L’écrivain explique avoir commencé son roman avant même que les lecteurs ne connaissent son personnage principal, affirmant que cette histoire est profondément liée à ses expériences personnelles et à celles d’autres migrants.

Il dénonce par ailleurs les menaces, le harcèlement et les attaques racistes dont il dit être victime depuis plusieurs semaines. Tout en reconnaissant la légitimité de la critique littéraire et du travail d’enquête journalistique, il demande que son roman soit évalué pour ce qu’il est.

Malgré la controverse, le roman a dépassé les 65 000 exemplaires vendus, selon les chiffres rapportés dans les publications consacrées à l’affaire. Il a toutefois été écarté du prix Goncourt et ne figure pas dans les deuxièmes sélections des prix Femina et Décembre, dévoilées le 7 octobre. Il demeure en revanche en lice pour le prix Renaudot.

« Je ne veux pas effacer mon passé ni prétendre être un homme sans fautes. Mais ce roman, je l’ai écrit moi-même », affirme-t-il, espérant que les lecteurs s’intéresseront à l’histoire de Jonas Dorléon et aux réalités de l’exil.

L’écrivain haïtiano-canadien Thélyson Orélien | Photo d’archives AFP

« Je n’ai pas écrit ce livre pour gagner des prix ou devenir célèbre. Je n’ai rien à prouver aux gens qui m’accusent. J’espère simplement qu’on lira l’histoire de Jonas Dorléon pour ce qu’elle raconte, qu’elle permettra à ses lecteurs d’ouvrir leurs yeux et leur cœur sur le monde, sur ceux qui le peuplent, quelle que soit leur origine. »

L’écrivain haïtiano-canadien Thélyson Orélien

Au-delà du cas de Thélyson Orélien, cette affaire soulève des interrogations de fond sur la place de l’intelligence artificielle dans la création littéraire, la fiabilité des outils de détection et les critères permettant d’établir l’authenticité d’une œuvre.

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