Face aux dirigeants du monde réunis à l’Assemblée générale des Nations Unies cette semaine à New York, le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé s’est prêté à un exercice devenu rituel pour la diplomatie haïtienne : exposer la gravité de la crise nationale tout en sollicitant un soutien international indispensable. Si le discours se voulait rassurant et résolu, il peine à masquer le fossé qui se creuse entre la rhétorique diplomatique et la réalité tragique du terrain.
Le chef du gouvernement a d’abord remercié l’ONU, la CARICOM, l’Union européenne, les États-Unis et le Canada pour leur soutien. Il a ensuite insisté sur l’importance d’un rôle « d’accompagnement » des forces internationales. Cette formulation prudente tente de préserver l’image de la souveraineté nationale et d’invoquer la résilience du peuple haïtien. En filigrane, elle souligne pourtant l’incapacité chronique des institutions locales à reprendre le contrôle sans une assistance extérieure massive.

Le dossier sécuritaire est demeuré le point focal de l’intervention. Le Premier ministre a vanté les mérites du programme P4000, qui vise à recruter et à former de nouvelles forces policières. Toutefois, il a également demandé le renouvellement du mandat de la force de répression des gangs, tout en déplorant son manque cruel de moyens pour appuyer la Police Nationale d’Haïti. Ce double constat sonne comme l’aveu d’une stratégie sécuritaire jusqu’ici insuffisante pour neutraliser les bandes armées qui paralysent le pays.
Sur le plan économique, Alix Didier Fils-Aimé a exhorté les bailleurs de fonds à dépasser l’aide humanitaire d’urgence au profit d’investissements durables. L’interdépendance entre sécurité et économie est indéniable. Pourtant, cet appel à la générosité internationale résonne une fois de plus comme une énième demande de financement extérieur. En effet, les conditions de sécurité fondamentales pour attirer des investissements privés sont encore bien loin d’être réunies.

Enfin, le gouvernement a une nouvelle fois réaffirmé son engagement à organiser des élections libres et crédibles afin de restaurer l’ordre constitutionnel par le consensus politique. Cependant, l’État ne contrôle pas effectivement son territoire et la population subit quotidiennement l’emprise des gangs. Dans un tel contexte, la concrétisation de ce processus démocratique relève davantage de la profession de foi que d’un calendrier politique réaliste.

