Retour des Grenadiers : Jérémie, la grande absente de la fête

Ce constat a suscité l’indignation d’un journaliste citoyen sur les réseaux sociaux, John Cadafy Noel, résumant le problème en une formule lapidaire qui résonne comme un camouflet : « Nivo elit ou, nivo vil ou » (Le niveau de tes élites reflète le niveau de ta ville). Cette absence de mouvement pose une question brutale : où est passée l’élite jérémienne ?

Jérémie, pourtant surnommée la « Cité des Poètes », semble s’être endormie sur ses lauriers d’antan. Là où d’autres régions mobilisent leurs chambres de commerce, leurs associations de commerçants et leurs notables pour attirer l’attention, faire briller leurs fils du terroir et créer des événements porteurs de prestige et d’économie locale, le chef-lieu de la Grand’Anse brille par son inertie.

Où sont les initiatives pour parrainer la venue d’un joueur, organiser une clinique de football pour les jeunes de la ville, ou monter une réception digne de ce nom ? En ce sens, nombreuses sont les critiques à l’encontre de la Chambre de commerce locale qui a brillé par son inaction.

En effet, le sport est le plus grand vecteur d’image et de cohésion. Associer sa marque à l’épopée d’un Grenadier de 2026 est une opportunité en or que n’importe quel secteur des affaires digne de ce nom aurait saisie à bras-le-corps. Pourtant les entrepreneurs jérémiens semblent manquer cruellement de vision marketing et sociale.

Que dire des élites intellectuelles et politiques qui se contentent de regarder passivement le déclin de la ville. Elles laissent ainsi, sans broncher, le monopole de la lumière et du prestige aux Cayes ou au Cap.

Si nos athlètes ne rentrent pas à Jérémie, ce n’est pas uniquement par manque d’invitation. C’est aussi le reflet d’un abandon politico-administratif chronique que les élites locales n’ont pas su, ou voulu, combattre avec assez de hargne.

Comment peut-on espérer une politique sportive ou une coordination officielle pour accueillir des héros nationaux dans de telles conditions ? Ce vide de leadership à Jérémie est le symbole parfait du mépris envers la jeunesse de la région, mais surtout de la complaisance des élites locales qui tolèrent ce traitement de seconde zone sans exiger des comptes au gouvernement central. Cette paralysie s’explique avant tout par un vide institutionnel profond, le MJSAC local étant laissé sans direction depuis plus de trois ans.

Quel terrain digne de ce nom possède Jérémie pour accueillir une démonstration ou un hommage ? Sans capitaine à la tête du Ministère de la Jeunesse et des Sports local, les projets de réhabilitation et de développement des talents sont au point mort. Il faut également remettre en question l’état de nos infrastructures sportives locales, tristement laissées à l’abandon.

L’enclavement aérien et routier est aussi une cause qui étouffe littéralement l’attractivité de la commune. Voyager vers Jérémie reste un parcours du combattant. Quand les vols internes se raréfient et que la route reste précaire, l’intérêt et la vitalité de la ville s’effondrent inévitablement.

Cette phrase partagée sur la toile ne doit pas simplement être un constat d’échec ; elle doit agir comme un électrochoc. Une ville ne vaut que par la capacité de ses leaders économiques, culturels et politiques à la projeter vers l’avant et à exiger le respect des institutions nationales.

Si l’élite jérémienne se complaît dans l’attentisme, le repli individuel et le silence face à une direction des sports décapitée depuis trois ans, Jérémie continuera de regarder passer les trains de l’histoire et du développement. Accueillir nos héros du football n’est pas une simple affaire de fête ; c’est une déclaration de dignité, de fierté régionale et de dynamisme territorial.

Il est temps que la Chambre de commerce de la Grand’Anse, les entrepreneurs de la ville, la diaspora jérémienne et les leaders d’opinion se réveillent. Nos Grenadiers ont fait leur part sur le terrain. À quand une élite jérémienne à la hauteur de son histoire pour faire sa part dans la cité ?

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