À Jérémie, le black-out médiatique évité de justesse pour le baccalauréat

Il est à peine 7 h 45 du matin quand les différents centres d’examen de Jérémie, allant de l’école nationale aux lycées et collèges de la ville, ouvrent leurs portes pour accueillir les candidats du baccalauréat unique (NS4).

L’enjeu est de taille pour cette session : sur les 118 090 candidats au niveau national, le MENFP n’a détaillé que l’effectif global des nouveaux candidats du Secondaire 4 (102 878), des recalés du Secondaire 4 (14 338), de la Philo traditionnelle (874) et du bac technique (23), en précisant isolément que le département de l’Ouest concentre le plus grand nombre d’inscrits, avec 42 623 participants.

Des candidats photographiés de dos dans l’avant-cour du Lycée Nord Alexis.

Dans l’air, plane la concentration habituelle des grands rendez-vous académiques, mais pas seulement. Très vite, un incident d’ordre logistique et déontologique vient bousculer le protocole habituel de couverture médiatique.

Aux barrières de sécurité, les journalistes et les photoreporters venus couvrir ce lancement officiel se heurtent à un refus d’accès catégorique. Pas de caméras à l’intérieur, pas d’images des premières épreuves. L’ouverture officielle de cette session 2026 vient de buter sur le mur de la méfiance.

Pour comprendre cette levée de boucliers contre le droit à l’information, il faut remonter aux épreuves de la 9ème année fondamentale qui se sont déroulées la semaine précédente.

Durant cette session, une photo prise à l’intérieur d’une salle d’examen a fuité pour être massivement partagée sur les réseaux sociaux. Ce cliché montrait de graves failles d’organisation : élèves entassés, tricherie apparente ou absence de surveillance rigoureuse. 

Madame Rosémeline Lagrenade Raphaël, directrice et responsable du centre du Lycée de Jeunes Filles, au moment d’un échange avec les travailleurs de presse.

Devenue virale, l’image a non seulement jeté le discrédit sur la direction départementale de l’Éducation de la Grand’Anse, mais a aussi exposé publiquement des élèves dans des conditions jugées humiliantes. L’accès aux salles d’examen s’est donc joué dans un climat particulièrement lourd ce lundi matin. 

Pour les photographes de presse, l’accueil a été glacial. « Pas de photos, pas d’images », scandait des responsables sur la cour de plusieurs établissements. Pour les élèves de terminale, la crainte de subir le même sort et de voir leurs visages associés à des moqueries virtuelles était omniprésente. Les autorités, quant à eux, s’appuyaient sur cette peur légitime des jeunes pour justifier un black-out administratif très commode.

C’est alors qu’un véritable exercice de diplomatie de terrain s’est mis en place. Plutôt que de forcer le passage ou de plier bagage, plusieurs journalistes et photoreporters locaux ont choisi la voie de l’explication et de la réassurance.

Après d’intenses discussions entre les professionnels des médias, des délégués d’élèves et certains surveillants, la glace a commencé à se briser. Les journalistes ont pris le temps d’expliquer leur démarche et de prendre des engagements clairs. Ils ont d’abord garanti de documenter la situation sans l’humilier, avec pour objectif de montrer l’effort des étudiants de la Grand’Anse et les réalités logistiques de la région, sans jamais basculer dans le sensationnalisme. 

Montée du drapeau avant l’entrée des candidats dans les salles d’examen.

Ensuite, ils ont assuré le respect total de l’anonymat en prenant l’engagement formel de ne pas publier de gros plans sur des visages anxieux ou sur des copies d’examen, préférant privilégier des plans larges ou de dos.

Sensibles à ces arguments et comprenant que l’absence totale de la presse priverait la Grand’Anse d’une vitrine sur ses réalités, plusieurs élèves ont courageusement accepté la présence des objectifs, permettant aux photographes de documenter cette première journée décisive.

Ce dénouement à Jérémie est une victoire pour la liberté de la presse, mais c’est avant tout une leçon de déontologie appliquée qui démontre que le consentement reste la clé. En effet, lorsque le journaliste traite son sujet avec respect et dignité, la barrière de la méfiance tombe naturellement.

Quelques élèves du Collège Saint Louis de Jérémie, rencontrés au centre du Lycée Nord Alexis, posent pour notre photographe.

Cet événement souligne également que la jeunesse est pleinement consciente de son image. Loin d’être des sujets passifs, les élèves d’aujourd’hui maîtrisent les codes des réseaux sociaux et exigent, à juste titre, d’être protégés contre la dérive du « clic facile ». Enfin, ce compromis rappelle que la presse a un devoir de responsabilité, obligeant désormais les médias locaux à être irréprochables dans le choix des visuels publiés.

Le journalisme est un contre-pouvoir indispensable, particulièrement dans la Grand’Anse et à Jérémie où tant de défis restent à documenter. Mais pour exiger la transparence des autorités, les professionnels de l’information se doivent d’être irréprochables dans leurs méthodes.

Des élèves du collège Sacré-Cœur prêts pour subir les épreuves du bac 2026.

Ne laissons pas l’urgence des réseaux sociaux dicter la qualité de notre travail. En refusant le partage facile d’images non vérifiées, nous protégeons nos sources, nous respectons le public et nous privons les censeurs de leur meilleur argument pour nous fermer les portes, comme cela a failli être le cas en ce premier jour d’examens du NS4.

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