Décédé le 29 mai 2026
Une mémoire honorée avec respect et gratitude
C’est avec une profonde émotion, empreinte de respect et d’infinie gratitude, que nous saluons la mémoire de M. Louis Jean Divers, notre ancien directeur au Lycée Nord Alexis de Jérémie.
Son nom demeure associé à l’excellence, à la discipline, à la droiture morale et à un engagement indéfectible envers l’éducation. Pour plusieurs générations d’élèves, il fut bien plus qu’un directeur : il fut un repère, un guide, un modèle. Pour nous, membres de la promotion 1989-1996, son nom demeure une lumière indissociable de l’excellence, de la discipline et de la droiture morale.
Un éducateur d’exception
Pendant de longues années, M. Divers a porté haut la mission éducative du Lycée Nord Alexis. Sous sa direction, l’établissement n’était pas seulement un lieu d’apprentissage, mais un espace où se forgeaient des caractères, se construisaient des destins et se transmettaient des valeurs essentielles : le respect, l’effort, la responsabilité et l’amour du travail bien fait. Sa présence imposait naturellement le sérieux, mais aussi la confiance. Il savait allier fermeté et bienveillance, exigence et humanité. Sa discipline, loin d’être un fardeau, nous accompagnait, façonnait nos caractères et nous préparait aux grandes responsabilités de demain.
Combien de maladresses avons-nous commises, et combien de fois nous les a-t-il pardonnées !
Nos premiers pas sous la direction de Louis Jean Divers
En octobre 1989, alors que nous venions d’obtenir le Certificat d’études primaires et de réussir l’examen d’admission au Lycée Nord Alexis, nous avons eu l’honneur d’être accueillis par M. Louis Jean Divers en 7e année fondamentale. Dès ce premier jour, il nous exhortait à être fiers de nous-mêmes et de notre statut de lycéens. Il nous rappelait qu’un lycéen devait travailler sans relâche s’il voulait atteindre les sommets. Ce moment reste gravé dans notre mémoire. Nous revoyons encore son regard fier, sa silhouette altière, sa chemise blanche, son élégance naturelle et sa voix aussi puissante que rassurante. Il se tenait là, stoïque, pour nous souhaiter la bienvenue. Un homme distingué qui apportait des étoiles et des étincelles de succès dans notre esprit.
Lors de la montée du drapeau, toutes les classes en rang, en position de dévotion. Sa cloche puissante pour un dernier rappel, alors s’installe un silence où l’on entend les battements d’ailes d’une petite mouche. Invariablement, de la sixième à la philo, tout le monde chérissait ce personnage qui partageait son grand savoir et sa culture de l’ordre et de l’excellence.
Il avait cette manière calme, mais assurée, de nous faire comprendre que nous étions attendus, que nous avions notre place et que nous pouvions tous réussir. Il possédait ce don rare de faire sentir à chaque élève qu’il comptait et qu’il était capable de se dépasser. Il connaissait d’ailleurs chacun par son nom, par ses œuvres, voire par son écriture.
Sous son œil vigilant, tantôt directeur, tantôt père, tantôt conseiller, nous avons grandi. Nous avons appris à nous tenir droits, à respecter les autres et à nous respecter nous-mêmes. Nous avons compris que la discipline n’était pas une contrainte, mais une force ; que l’effort n’était pas une punition, mais un chemin vers la dignité. M. Divers ne se contentait pas de gérer une école : il formait des citoyens, façonnait des consciences et préparait des vies.
Aussi nombreux que nous fussions, il entretenait une relation particulière avec chacun de nous et nous traitait tous avec bienveillance. Ce que M. Louis Jean Divers offrait allait bien au-delà des murs d’une salle de classe. Il offrait une présence rassurante, une direction claire, une boussole morale. Il savait écouter, conseiller, encourager. Il savait aussi recadrer, rappeler à l’ordre, mais toujours avec l’intention de faire grandir.
Ceux qui l’ont connu savent combien sa voix, son regard, sa posture pouvaient marquer un jeune esprit et l’orienter vers le meilleur.
Les périodes d’examens de passage révélaient, à elles seules, le monument qu’était Maître Louis Jean Divers. À lui seul, et comme lui seul en avait le secret, il parvenait à surveiller tout l’auditorium, cette grande salle où se rassemblaient toutes les classes. Son charisme et son leadership ne pouvaient être défiés. Aucun élève n’osait copier, aucun élève n’osait chuchoter. C’était le silence absolu. Les pas du directeur résonnaient dans la salle.
Chacun craignait de croiser son regard ; nos yeux restaient fixés sur nos feuilles, nos plumes ne glissaient que sur nos copies. Même absent, le directeur s’imposait encore, et sa voix résonnait jusque dans nos réflexions. Il n’avait nul besoin de professeurs pour surveiller les examens. Personne n’oserait tourner la tête, et comme il savait le nom de tous les élèves à tout moment, il pouvait indexer un potentiel tricheur en lui intimant l’ordre d’enlever des points allant de -5 à -20. La tricherie n’était pas une option dans notre école. Le culte de l’excellence incarné par notre directeur nous interdisait cette bassesse.
Nous nous rappelons aussi cette période où la barrière du lycée était en mauvais état et méritait d’être « rafistolée », pour reprendre l’un de ses mots. Un jour, alors que certains élèves s’apprêtaient à sortir hors des heures régulières car les professeurs étaient en grève, sa voix retentit depuis le balcon de la direction : « Dixy, laisse la barrière, et je verrai qui peut sortir d’ici. » D’un seul mouvement, tous les élèves regagnèrent leurs salles respectives. Notre directeur incarnait, sans comparaison possible, une autorité naturelle.
Le lycée respirait l’excellence aussi. Les efforts conjugués de la direction, du censorat et de la préfecture de discipline, couplés à la compétence de nos éternels professeurs, ont contribué à faire de ce lycée une référence au niveau départemental et national. Avant les troubles sociopolitiques au niveau du ministère de l’Éducation nationale, où des grèves répétées et parfois justifiées des professeurs finissaient par créer une injustice pour les élèves en fin d’année car trop prolongées, Louis Jean Divers savait jouer avec les aléas pour maintenir la discipline et l’excellence au sein de l’école. Il tenait à ce que tous les élèves s’adonnent à la lecture et étudient dans les heures creuses en l’absence de professeurs.
On n’avait aucun droit de se balader dans les couloirs, et le maintien naturel de ce climat de responsabilité et de discipline a permis de maintenir le niveau d’éducation au sommet. Les élèves organisaient des olympiades de mathématiques, de physique et de chimie. Ainsi, les exercices étaient résolus et on avançait dans une camaraderie franche en partageant nos compétences. Il identifiait les meilleurs élèves de l’école dans les classes terminales pour enseigner le français et les mathématiques dans les classes de 7e, 8e, 4e et de 3e.
Certains s’enorgueillissent encore d’avoir enseigné la trigonométrie aux élèves de troisième, de seconde et de rhétorique. Emmanuel Antoine (trigonométrie), Domond Vittorio et Fritzner Pierre (professeurs d’anglais), Yves Charles (professeur de français et de trigonométrie), Sylvestre (professeur d’analyse et d’algèbre)… Nous avions de nombreux assistants qui se relayaient dans les salles pour maintenir l’ordre et partager les connaissances, avec des notations qui comptaient pour les épreuves finales.
Aujourd’hui, ce tribut que nous lui rendons reflète son engagement à nous voir réussir et nous pouvons clamer haut et fort que nous avons atteint les buts qu’il s’était fixés. Nous avons tous été à l’université et nous faisons notre chemin dans la vie avec dignité.
Le souvenir du Bac Génie 1996
Maître Divers se préoccupait profondément de la réussite de chacun de ses élèves, notamment au baccalauréat. Pour lui, le lycée était un trésor, et de ce trésor devaient sortir, chaque année, des lauréats. Malgré les manquements observés au sein de l’établissement, il croyait fermement qu’au mois de mai, les bacheliers lycéens devaient être prêts à affronter les épreuves officielles.
Animé par la soif d’excellence et de résultats hors pair, le directeur se montrait exigeant même envers la classe de philo, cette promotion qui croyait avoir déjà tourné la page du secondaire. Il nous disait souvent : « Philo, vous devez garder le flambeau du lycée allumé. » Il nous rappelait que nous devions être parmi les lauréats de la ville dans la tradition de nos devanciers. Et cela, notre direction ne le négociait jamais avec les élèves. L’excellence partout et en tout. Une culture d’exemplarité dans nos comportements qui marque la différence dans la culture et l’être.
Nous nous souvenons de cette dernière danse, de ce cadeau que nous voulions lui offrir absolument avant de quitter le lycée : participer au Bac Génie organisé par le Comité diocésain de Jérémie et remporter la compétition. Nous étions alors à l’approche des examens officiels. Il n’était pas d’abord favorable à cette initiative, car il pensait que les nombreux jours de grève allaient nous empêcher de représenter l’école dignement et de concourir avec des collèges qui n’avaient jamais eu ce handicap.
Nous avons insisté pour le rassurer et nous avons dû faire la promesse formelle de ramener le trophée à la maison. Nous savions que nous étions prêts à aborder, avec les meilleures dispositions, les examens d’État, et que ces jeux représentaient une vitrine pour asseoir notre domination, nos efforts, et la philosophie de la discipline et du travail comme valeurs devant les autres écoles de la ville. Cette promesse nous motiva profondément. Nous ne pouvions ni le décevoir ni trahir sa confiance.
Nous nous souvenons aussi des difficultés rencontrées lors du premier match et de son inquiétude à l’idée que nous puissions perdre. Il a quitté la salle parce que nous étions menés au score. Il ne pouvait pas imaginer que nous puissions échouer. Tapi dans sa belle Lada, allumant son récepteur sur la radio Tèt Ansanm, il a joui de ce moment de bascule où ses génies ont gagné le match. Il avait confié à l’un de nos camarades, Yves Charles, président de la classe de Philo et du CELNA (Comité des Élèves du Lycée Nord Alexis), qu’il comptait nous interdire de continuer à y participer, à moins que nous ne lui apportions toutes les garanties nécessaires quant à notre capacité de remporter la compétition. Le président a dû trouver les mots justes pour le convaincre de nous laisser poursuivre l’aventure. Nous avions la motivation, nous étions prêts à livrer des batailles pour renverser toutes les écoles, qu’il s’agisse des collèges Etzer Vilaire, Naroulado, Sacré Cœur, Émile Roumer, et surtout Saint-Louis. Nous ne faisions aucun quartier.
Cette attitude témoignait de son côté paternel envers ses élèves. S’il hésitait à nous laisser participer, c’est parce qu’il voulait avant tout que nous demeurions concentrés sur la préparation des examens officiels, qui devaient rester notre priorité absolue. Nous avons pu relever le défi et, avec fierté, nous pouvons dire que notre trophée orne aujourd’hui le musée du LNA, témoin de notre effort, de notre entêtement et de la confiance totale de notre mentor dans nos capacités. On lui avait dit : « C’est notre premier match, nous ne nous sommes pas encore échauffés. » Et la Philo LNA a terrassé toutes les autres classes de philo de la ville. Tout cela, nous te le devons, « Direct ».
Maître Divers, « Direct » comme nous l’appelions intimement, a vécu intensément chaque match et, lorsque nous avons gagné, il était très fier de ce que nous avions accompli : sept matchs joués, sept victoires. Notre directeur, notre mentor, Louis Jean Divers, était non seulement fier de la promotion, mais aussi rassuré quant à la réussite de chacun de nous au Baccalauréat.
Pour nous, en gagnant le tournoi, nous avons offert le plus beau trophée à notre directeur et au Lycée Nord Alexis. Toutes les récompenses obtenues ont été laissées au musée du Lycée. Elles n’auraient eu aucune importance chez nous, sinon qu’une valeur sentimentale pour nos familles. Nous avions pensé que notre directeur devait admirer notre trophée à jamais et que les générations futures devaient y trouver les éléments pour s’inspirer de nos exploits et maintenir la flamme de l’excellence : les récompenses individuelles, le prix du meilleur joueur, du meilleur public et le trophée des champions.
L’homme à la stature d’airain
Au Lycée Nord Alexis, nous avons eu la chance d’avoir des éducateurs exceptionnels que nous n’oublierons jamais. Des hommes que nous chérissons et respectons et à qui nous sommes redevables de nos succès dans la vie. Cependant, le caractère exceptionnel de notre directeur était inégalé. Que de souvenirs, encore vivaces, évoquent nos victoires aux tournois de football ! Maître Rollin Faucher, notre professeur d’éducation physique à l’âme inflexible, forgeait des équipes que rien ne semblait pouvoir abattre. Nos rivaux des collèges Saint-Louis, Émile Roumer, Etzer Vilaire, et de tant d’autres encore, courbaient toujours l’échine, car le Lycée Nord Alexis emportait invariablement les lauriers.
Or, il advint, au cours de l’exercice 1995-1996, une chose étrange et presque sacrilège. Le collège Émile Roumer, opposé en finale à notre Lycée, eut recours à des joueurs professionnels issus de deux grandes équipes locales, la Juvens et l’Ajax. Ces hommes, rompus aux joutes acharnées, faisaient face à nos jeunes lycéens, garçons au talent brut et au cœur vaillant, qui, contre toute attente, faisaient jeu égal et menaient même au score. Pour rétablir l’équilibre, un joueur du collège Émile Roumer, superstar de l’Ajax, le fameux buteur Azozol, se cacha au sein du public. Profitant d’une position flagrante de hors-jeu, il surgit comme une ombre et égalisa. Ce geste, d’une déloyauté rare, alluma la colère des nôtres. Les lycéens, et plus encore les lycéennes du Lycée des Jeunes Filles supportrices du LNA, envahirent le terrain, interrompant la rencontre dans un tumulte saisissant. Des pierres pleuvaient de toutes parts, comme une grêle de colère.
C’est alors qu’un homme, Louis Jean Divers, bravant la fureur des pierres, s’avança seul au milieu du terrain. Et soudain, tout s’arrêta. Le calme, tel un phénix, renaquit de ce chaos. Le match put se poursuivre, mais le Lycée Nord Alexis s’inclina, deux buts à un. À lui tout seul, il incarnait le respect et la discipline. Il n’avait pas besoin de parler. Il s’amena seulement au centre du terrain et tout le monde avait compris.
Cet homme, à lui seul, fut une épopée vivante, une incarnation de l’héroïsme. Nul n’osait le décevoir, ni même l’offenser par une once de négligence. Aucun lycéen, sous son règne silencieux, n’eût songé à flâner dans les rues. Et gare à celui qui se laissait surprendre ! Avec sa belle Lada, il était partout, œil et bras de la discipline. Le lycéen devait avoir un comportement digne et respectueux. C’était honorifique d’être au LNA. C’est cette école modèle qu’il a façonnée, et nous, nous en sommes fièrement les produits.
Un héritage vivant
Aujourd’hui, alors que nous pleurons sa disparition, nous célébrons aussi l’héritage immense qu’il laisse derrière lui :
Des milliers d’élèves qu’il a guidés, inspirés, parfois transformés ; Une institution qu’il a renforcée par son sérieux, sa vision et son sens du devoir ; Une communauté entière qu’il a marquée par son engagement et son intégrité ; Une vie entière consacrée au service des autres, à l’éducation et à la construction de l’avenir.
Une reconnaissance éternelle
Sa disparition laisse un vide immense, mais son souvenir demeure vivant dans nos cœurs, dans nos parcours et dans nos réussites. Il restera pour nous un exemple de droiture, de courage et de dévouement : un homme qui a donné sans compter, qui a servi sans chercher la lumière et qui a laissé derrière lui un sillon indélébile.
Que son âme repose dans la paix qu’il mérite. Que la flamme de son humanité demeure vivante en chacun de nous. Que son souvenir continue d’éclairer nos pas.
Comme nous le pensons et le ressentons profondément, les légendes ne meurent jamais ; le souvenir d’un père ne peut mourir dans le cœur de ses enfants. Vous fûtes un père pour nous tous. Nous vous chérirons éternellement.
Merci pour tout, Louis Jean Divers.
Promotion 1989-1996
1 – Alexis Abraham Anderson Sylvestre, Ingénieur en électronique
2 – Belony Jean Fritz, Prêtre catholique
3 – Brisenault Joseph Frédéric, Juriste
4 – Charles Yves, Ingénieur agronome
5 – Desrosiers Marie Mirlène, Infirmière
6 – Élysée Jean Claudel, Économiste électrotechnicien
7 – Joseph Woodly, Ingénieur civil
8 – Jules Pierre Alex, Ex-Agent de la Police Nationale d’Haïti
9 – Marcel Harry, Ingénieur civil
10 – Pierre Wesner, Juriste – Master en ingénierie des projets de coopération
11 – Polycarpe Edixon, Ingénieur civil
12 – Monode Jean, Architecte
13 – Fritzner Pierre, Comptable
14 – Vittorio Domond, Infirmier
15 – Emmanuel Antoine, Ingénieur électrotechnicien / Pasteur
16 – Windsor Desroches, Ingénieur agronome
17 – Guerlens Merisma, Ingénieur civil
18 – Charles Votoir, Enseignant
19 – Louimer Saint Fort, Prêtre catholique romain
20 – Sophia Paul, Gestionnaire
21 – Sofia Cayemitte, Infirmière
22 – Mesmer Lafleur, Comptable entrepreneur
23 – Judith Lundy
24 – Yolette Lataillade, Administratrice
25 – Dupuy Noel, Entrepreneur
26 – Jesula Chery, Entrepreneure
27 – Marie Ange Romain, Administratrice
28 – Lindsa St Fleur, Infirmière
29 – Primerose Doll, Comptable
30 – Brisenault Frédéric, Ébéniste, Juriste
31 – Vikerson Boyer, Juriste – Greffier
32 – Frantz Antoine, Communicateur
33 – Edwidge Exavier, Économiste
34 – Mederson Jean Philippe, Technicien agricole
35 – Lyssa Jourdain, Entrepreneure
36 – Pierre Mayas Robenson Vincent, Comptable
37 – Nickson Jean Jacques, Communicateur
38 – Franckol Jean Baptiste, Économiste
39 – Simone Laguerre, Infirmière
40 – Reginald Joseph
41 – Pierre Marie Issa, Entrepreneur
42 – Philippe Juste, Policier – Commissaire

