L’heure de vérité pour nos Grenadiers

Dans les rues de Jérémie comme partout dans le pays, les détritus ont disparu, balayés par des mouvements citoyens collectifs soutenus par la mairie. À chaque coin de rue, à chaque carrefour, devant l’étal des marchands ou sur le dos des cyclistes, le bicolore de la République, les maillots et les fresques à l’effigie de nos joueurs s’imposent avec fierté. L’heure est à l’union sacrée.

À chaque coin de rue, à chaque carrefour, devant l’étal des marchands ou sur le dos des cyclistes, le bicolore de la République, s’impose avec fierté.

Ce 13 juin, chacun s’empresse d’achever ses activités matinales avec une seule obsession en tête : ne pas rater l’entrée en lice de notre sélection nationale face à l’Écosse, dès 21 heures. Les rituels s’organisent. Certains se retrouveront dans un bar, chez un ami ou un voisin. D’autres, malgré le confort de leur propre téléviseur, préféreront la chaleur humaine de la Place Dumas, où l’organisation locale Hands’Up a installé un écran géant pour faire vibrer le public à l’unisson.

“Oubliez le Brésil et l’Argentine, les amours de substitution d’hier. Ce samedi 13 juin, nou nan batay, e pa p gen wout pa bwa.”

Mobilisés pour la sélection nationale, les habitants du rond-point Caracolie (Jérémie) ont financé et érigé un grand drapeau haïtien sur contreplaqué.

Que l’on soit confiant ou prudent face à la victoire, les bandes à pied sont déjà mobilisées et tout le monde connaît le parcours de la liesse à l’avance. Ce soir, Haïti n’a pas le droit de décevoir. Le pays tout entier est impatient de retrouver le goût d’un exploit en Coupe du Monde. En 1974, Emmanuel “Manno” Sanon, notre légendaire buteur en sélection nationale, avait tracé la voie. C’est aujourd’hui à cette nouvelle génération de Grenadiers de reprendre le flambeau.

L’histoire nous regarde. En novembre 1803, l’armée napoléonienne avait subi les frais de notre farouche détermination. En cette année 2026, face à une nouvelle nation du vieux continent, l’histoire se rejoue sur le rectangle vert. Les Écossais vont devoir faire face à cette même fougue haïtienne, de manière pacifique et sportive, bien entendu, pour cette 23e édition de la Coupe du Monde.

Cette fresque de l’artiste représente trois générations de héros nationaux, celles de 1803, 1974 et 2026.

Nous tenons la carotte, mais nous manions aussi le bâton. À n’en pas douter, ce soir sur la pelouse du stade, le duel promet d’être électrique et nos adversaires vont devoir s’y frotter (de manière douce, en duel de match, rassurez-vous !)

Alors, allez les Grenadiers ! Nou pa pote pantalon nou pou bèl twal… Alaso ! Sa ki pran gòl… zafè a yooooo !

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