Le samedi 17 octobre 2026, le Mouvement Organisé pour la Promotion de la Santé Mentale en Haïti (PSYKO-MO) a organisé une formation en Premiers Secours en Santé Mentale (PSSM) dans les locaux de Thrive Ansanm, sis à caracolie, à Jérémie. Près d’une quarantaine de participants ont pris part à cette activité, animée par deux psychologues venus des Cayes : Ergie LOUIS, psychologue et psychothérapeute, et Jean-Marie William ZEPHIR, psychologue.
Les Premiers Secours en Santé Mentale constituent une approche de prévention et de soutien psychosocial permettant de reconnaître les signes de détresse psychologique, d’apporter une première assistance et d’orienter les personnes concernées vers des professionnels compétents.
Développé en Australie en 2000, le programme Mental Health First Aid s’est progressivement étendu à plusieurs dizaines de pays. Il vise notamment à renforcer la littératie en santé mentale, à réduire la stigmatisation des troubles psychiques et à améliorer les capacités d’intervention du grand public.
Cette approche repose sur un principe fondamental : une intervention initiale adaptée peut favoriser la recherche d’aide et contribuer à limiter les conséquences d’une détresse psychologique, sans se substituer à une prise en charge clinique.
Ce que les PSSM ne sont pas
Les Premiers Secours en Santé Mentale ne constituent ni une psychothérapie, ni une évaluation clinique complète, ni un traitement psychiatrique. Ils ne donnent pas au secouriste la compétence de poser un diagnostic clinique ou de prescrire un traitement médicamenteux.
Le secouriste intervient dans un cadre non clinique : il repère les manifestations préoccupantes, établit un contact bienveillant, apporte un soutien psychosocial initial et facilite l’accès aux ressources professionnelles.
D’une part, le psychologue peut réaliser une évaluation psychologique et proposer un accompagnement relevant de ses compétences. D’autre part, le psychiatre, en tant que médecin spécialiste, est habilité à établir un diagnostic médical et à prescrire un traitement pharmacologique.
La complémentarité entre ces interventions permet de mieux articuler la prévention communautaire et les soins spécialisés.
Une grande première
Cette formation a réuni des participants issus de différents secteurs, notamment des écoles, des universités et de la société civile. Cette diversité témoigne du caractère transversal des Premiers Secours en Santé Mentale.
En effet, les PSSM ne sont pas réservés aux psychologues ou aux professionnels de santé. Toute personne désireuse de se former peut s’y intéresser. Aucun diplôme spécialisé ni prérequis professionnel n’est nécessaire pour apprendre les principes fondamentaux du secourisme en santé mentale. L’essentiel est d’avoir la volonté d’aider sa communauté.
Les principaux points abordés lors de la formation
1. Le continuum de la santé mentale
La santé mentale peut être comprise selon un modèle dynamique : le fonctionnement psychologique évolue en fonction de facteurs individuels, biologiques, relationnels et environnementaux. Une personne peut éprouver une détresse psychologique sans présenter nécessairement un trouble mental diagnostiquable. Inversement, une personne vivant avec un trouble psychique peut conserver des ressources personnelles et un niveau significatif de bien-être.
Des représentations pédagogiques utilisant un code couleur vert, jaune, orange et rouge peuvent illustrer différents niveaux de fonctionnement, de vulnérabilité, de détresse et d’urgence. Ces couleurs constituent un outil de sensibilisation et non une classification clinique universelle.
2. Le bien-être, le mieux-être et le bonheur
Le bien-être psychologique renvoie notamment à la régulation émotionnelle, au sentiment d’efficacité personnelle, à la qualité des relations interpersonnelles et à la capacité d’adaptation aux contraintes de l’environnement.
Le mieux-être, quant à lui, désigne une évolution favorable de l’état subjectif ou du fonctionnement psychosocial d’une personne, pouvant être associée à l’acquisition de stratégies d’adaptation, au soutien social ou à une intervention thérapeutique appropriée.
Enfin, le bonheur correspond davantage à une expérience subjective de satisfaction et d’épanouissement. Il ne constitue pas, à lui seul, un indicateur clinique de santé mentale, car une personne peut éprouver de la tristesse ou de l’anxiété tout en conservant un fonctionnement psychologique satisfaisant.
3. Les signes de détresse psychologique et des troubles psychiques
Les manifestations de détresse peuvent être émotionnelles, cognitives, comportementales, somatiques ou relationnelles.
Parmi les signes possibles figurent notamment la tristesse persistante, l’anxiété excessive, l’irritabilité, le retrait social, les troubles du sommeil, les modifications de l’appétit, les difficultés de concentration, la perte d’intérêt ainsi que l’altération du fonctionnement quotidien.
Certaines manifestations, telles que les idées suicidaires, une désorganisation importante du comportement ou des perceptions inhabituelles, nécessitent une attention particulière et parfois une intervention urgente.
Ces indicateurs ne permettent pas, isolément, de conclure à un trouble psychique. L’évaluation clinique tient compte de la durée, de la fréquence, de l’intensité, du contexte et du retentissement fonctionnel des symptômes.
4. La communication face au risque suicidaire
Lorsqu’une personne exprime des idées suicidaires, il est essentiel d’adopter une posture empathique, non jugeante et sécurisante. Les propos suicidaires doivent être considérés comme un indicateur de souffrance psychologique nécessitant une évaluation appropriée, sans banalisation ni interprétation hâtive.
Le secouriste en santé mentale doit favoriser l’expression de la souffrance, pratiquer l’écoute active et évaluer la nécessité d’une intervention urgente. Il est important de poser des questions directes, calmes et bienveillantes, comme par exemple : « Est-ce que tu penses au suicide ? » ou « As-tu envisagé de te faire du mal ? ». Aborder explicitement le suicide ne provoque pas les idées suicidaires ; cette démarche peut au contraire faciliter leur expression et permettre d’identifier un risque.
À l’inverse, il faut éviter à tout prix de culpabiliser la personne, de minimiser sa souffrance, de la confronter moralement ou de lui imposer des arguments religieux. Des phrases dites pour rassurer mais maladroites, telles que « Tu n’as aucune raison de faire ça », « Pense à ta famille », « D’autres personnes souffrent davantage » ou « Tu veux simplement attirer l’attention », risquent de renforcer le sentiment d’incompréhension et d’isolement.
Il est préférable de privilégier des formulations bienveillantes et constructives, comme « Je vois que tu souffres beaucoup », « Merci de m’en parler », « Je prends ce que tu me dis au sérieux » ou encore « Nous allons chercher de l’aide ensemble ».
En présence d’un risque suicidaire imminent, la priorité est d’assurer la mise en sécurité de la personne et de mobiliser rapidement des professionnels ou des services d’urgence. Dans la mesure du possible et sans se mettre en danger, il convient de ne pas la laisser seule, de faciliter l’accès à une évaluation clinique et de limiter l’accès aux moyens susceptibles d’être utilisés pour se faire du mal. Le secouriste ne doit ni promettre le secret absolu ni assumer seul la gestion de la crise.
La prévention du suicide repose notamment sur la reconnaissance des facteurs de risque, l’identification des facteurs de protection, la qualité de la relation d’aide et l’accès rapide à une prise en charge adaptée.
5. L’écoute active et le soutien psychosocial
L’écoute active repose sur une attention soutenue à la communication verbale et non verbale, la reformulation, les questions ouvertes et la reconnaissance des émotions exprimées.
L’objectif est de favoriser l’expression de la personne, de réduire le sentiment d’isolement et de créer une relation d’aide respectueuse. Le secouriste doit éviter la banalisation, la culpabilisation, les interprétations hâtives et les conseils imposés.
Le respect de la confidentialité constitue également un principe important, sous réserve des situations dans lesquelles un risque grave impose de mobiliser une aide appropriée.
6. L’évaluation du risque et l’orientation
Lorsqu’une personne présente des signes de crise, le secouriste doit reconnaître les indicateurs de danger et rechercher une assistance adaptée. Les idées suicidaires, notamment lorsqu’elles s’accompagnent d’une intention ou d’un risque imminent, nécessitent une réaction rapide.
L’orientation consiste à faciliter le recours aux professionnels et aux structures de soins. Elle s’inscrit dans une logique de parcours de soins et de complémentarité entre les ressources communautaires, les services de santé et les spécialistes de la santé mentale.
Les engagements de PSYKO-MO renewed
À travers cette formation, PSYKO-MO réaffirme son engagement en faveur de la promotion de la santé mentale en Haïti. Le mouvement entend poursuivre ses activités de sensibilisation, de prévention et de renforcement des capacités communautaires. Il souhaite également renforcer son intérêt pour les approches psychosociales, qui prennent en compte les différentes dimensions de la personne, qu’elles soient psychologiques, sociales, familiales, relationnelles ou communautaires, afin d’apporter sa contribution au développement du pays et au bien-être de la population.
Bien que la protection de la santé mentale et l’accès aux services de santé relèvent de la responsabilité de l’État, mais hélas ! , PSYKO-MO entend continuer à agir, à sensibiliser et à développer des initiatives adaptées aux besoins de la population.
Car, comme le rappelle cette pensée :
« Si l’État n’est pas là pour servir, l’intellectuel doit être là pour sauver. »
Une conviction qui souligne l’importance de l’engagement intellectuel et citoyen face aux défis auxquels Haïti est confronté.

