SOS Baliverne : la maladie du charbon menace à Dame-Marie

La maladie du charbon est une infection grave causée par une bactérie sporulée nommée Bacillus anthracis. Cette bactérie possède la particularité de former des spores extrêmement résistantes qui peuvent survivre pendant des décennies dans le sol et les pâturages.

Le charbon affecte principalement les herbivores (bovins, caprins, ovins), mais il est transmissible à l’homme par contact direct ou indirect. Chez l’humain, l’infection se manifeste principalement sous trois formes. 

Lors de notre visite in loco, nous avons rencontré plusieurs habitants de Baliverne qui commencent à présenter les symptômes de la maladie du charbon.

La plus fréquente est la forme cutanée, où la bactérie pénètre par une coupure ou une éraflure sur la peau. La maladie débute alors par une petite papule démangeante, semblable à une piqûre d’insecte, qui évolue rapidement en une vésicule, puis en une ulcération indolore surmontée d’une escarre noire centrale, ce qui lui vaut le nom de « charbon ».

Il existe également une forme gastro-intestinale, qui survient après la consommation de viande contaminée et insuffisamment cuite, provoquant de fortes douleurs abdominales, des vomissements de sang et de sévères diarrhées. Enfin, la forme pulmonaire, contractée par l’inhalation des spores, demeure la variante la plus rare, mais se révèle être la plus mortelle en l’absence d’un traitement immédiat.

Dans des sections rurales comme Baliverne, le mode de vie et le manque d’infrastructures accélèrent la propagation de la bactérie. Lorsqu’un animal meurt du charbon et que sa carcasse est ouverte sans précaution, les bactéries entrent en contact avec l’air et forment des spores qui contaminent durablement le sol environnant, pérennisant le foyer d’infection.

Alors que la situation exige une intervention d’urgence, l’absence du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ainsi que du ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) est criante sur le terrain.

Les structures de santé de la Grand’Anse, déjà affaiblies par le manque de ressources, ne disposent ni des kits de prélèvement nécessaires pour confirmer les cas en laboratoire, ni des stocks suffisants d’antibiotiques adaptés (tels que la pénicilline ou la ciprofloxacine) pour traiter la population touchée.

Contacté par Explicite NET, un médecin exerçant dans le département de la Grand’Anse, qui souhaite garder l’anonymat, tire la sonnette d’alarme.

« Sur le plan clinique, la description des habitants correspond en tous points à la forme cutanée de la maladie du charbon. La bactérie, Bacillus anthracis, libère des toxines qui provoquent une nécrose des tissus : c’est ce qui donne cette escarre noire caractéristique au centre de la lésion. Prise à temps avec des antibiotiques de base comme la ciprofloxacine ou la pénicilline, la maladie se soigne très bien », explique-t-il.

Sur cette photographie de Philidor Montano, un enfant présente déjà la forme cutanée de la maladie juste au-dessus de l’œil gauche.

« Le drame à Dame-Marie, c’est l’isolement. Sans prise en charge rapide, la bactérie peut passer dans le sang et provoquer une septicémie potentiellement mortelle, alerte-t-il. Le MSPP devrait déjà être sur place pour faire des prélèvements de confirmation, isoler les foyers et distribuer des traitements prophylactiques. Chaque jour d’inaction augmente le risque de contamination humaine et de surinfection de la chaîne alimentaire », conclut le médecin.

Sur place, la peur s’installe au rythme de l’apparition des premiers boutons. Sous couvert d’anonymat pour protéger sa famille, un résident de la 5ᵉ section de Baliverne décrit l’arrivée soudaine du mal.

L’entrée principale de la localité de Baliverne.

« Tout commence par une petite démangeaison très localisée, comme une piqûre d’insecte ordinaire. On gratte sans y porter attention, mais en moins de 48 heures, la peau commence à gonfler et à brunir. Ensuite, le centre de la plaie devient complètement noir, dur et desséché, comme du charbon de bois », détaille ce résident de la localité.

« Chez nous, lorsqu’un bœuf ou un cabrit tombe malade et meurt subitement, le réflexe économique est souvent de ne pas gaspiller la viande. C’est en manipulant ces carcasses que plusieurs voisins ont commencé à développer ces marques sombres sur les bras et le visage. Sans médecin sur place et sans explication des autorités, nous sommes plongés dans le noir le plus total », ajoute cet originaire de Baliverne.

Un jeune homme présentant déjà les signes de la maladie du charbon, visibles sur son épaule gauche.

Le cas de la 5ᵉ section de Baliverne n’est pas seulement une défaillance logistique ; malheureusement, les acteurs humanitaires pourraient le qualifier de non-assistance à population en danger. Il en va de la responsabilité morale et légale des autorités de sortir de leur mutisme avant que la maladie du charbon ne transforme cette alerte locale en une catastrophe sanitaire nationale.

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