Que gagnerait le Canada en devenant membre associé de l’Union européenne ?

« Le Canada a déjà ce que le monde cherche », a martelé M. Mark Carney lors du sommet sur l’investissement à Toronto. Le cadre de cette relation est établi dans l’accord de partenariat stratégique qui existe entre le Canada et l’Union européenne.

Pour évaluer ce que gagnerait le Canada en devenant membre associé de l’Union européenne, il convient d’abord de définir ce statut. Ce dernier ne figure pas dans la charte de l’Union européenne. Si l’on tentait d’en donner une définition, on pourrait dire qu’un membre associé est un État qui adopte les valeurs et les principes d’une organisation et qui, à long terme, peut en devenir membre à part entière.

Sur le plan économique, on peut affirmer que le Canada est l’économie la mieux connectée au monde, pour citer M. Carney. Un pays doté d’une économie aussi stable que celle du Canada correspond exactement à ce que recherche une organisation comme l’Union européenne. Sur le plan politique, le Canada maintient sa stabilité et respecte les normes ainsi que les calendriers électoraux. En outre, le Canada a beaucoup plus à apporter à l’Union européenne qu’à y gagner en tant que tel.

Que gagne le Canada ?

Au-delà de la facilitation des voyages avec un simple passeport, qui permettrait aux citoyens canadiens et européens de circuler librement, le Canada tirerait de nombreux bénéfices économiques de ce statut. Devenir membre associé lui offrirait un accès encore plus fluide au vaste marché unique européen, stimulant les exportations canadiennes et attirant d’importants investissements étrangers. 

Le pays pourrait également intégrer des programmes d’envergure liés à la recherche scientifique, à l’innovation technologique (comme l’intelligence artificielle) et à la transition écologique. Sur le plan diplomatique et culturel, ce rapprochement consoliderait la position du Canada comme un pont stratégique naturel entre l’Amérique du Nord et l’Europe.

Une victoire pour la diplomatie multilatérale

Cette potentielle union entre le Canada et l’Union européenne constituerait une victoire pour la diplomatie multilatérale. En effet, le multilatéralisme repose sur des échanges privilégiés entre plusieurs États, ou entre un État et une organisation internationale. C’est la dynamique qui s’observe aujourd’hui entre le Canada et l’Union européenne.

Les enjeux croisés 

Cette réorientation géopolitique n’est toutefois pas sans conséquences pour les équilibres nord-américains, offrant des perspectives contrastées pour Ottawa et Washington.

Pour le Canada, le principal avantage réside dans la diversification vitale de son économie. En s’arrimant à l’Union européenne, le pays réduirait sa dépendance historique vis-à-vis du marché américain, se prémunissant ainsi contre l’instabilité politique de son voisin. Son poids sur la scène internationale en sortirait considérablement renforcé. Toutefois, le grand désavantage serait le risque élevé de représailles commerciales de la part de Washington. S’aligner sur les normes européennes pourrait également créer des frictions au sein de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et perturber les chaînes d’approvisionnement nord-américaines.

Du côté des États-Unis, les avantages d’une telle alliance semblent marginaux d’un point de vue purement économique. Sur le plan géopolitique, on pourrait y voir la consolidation d’un bloc occidental fort et démocratique face aux puissances rivales, ce qui bénéficierait indirectement à la sécurité américaine. En revanche, les désavantages pour Washington sont directs. Les États-Unis perdraient leur influence exclusive sur le Canada. Économiquement, un pivot canadien vers l’Europe signifierait une concurrence accrue pour les entreprises américaines. Surtout, Washington pourrait percevoir la présence d’une superpuissance normative (l’UE) à ses frontières comme un défi direct à son hégémonie régionale.

L’ire de Donald Trump face à ce rapprochement 

De son côté, M. Trump n’a pas caché son mécontentement : « Je trouve cela ridicule », a-t-il déclaré devant des journalistes. Réagissant à l’annonce de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, il a ajouté : « S’ils font cela, j’estime qu’il s’agit d’un acte hostile, j’imposerai des droits de douane très lourds et je cesserai tout commerce avec l’Europe. »

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