Ce mercredi 27 mai 2026, l’archidiocèse de Tijuana, dans le nord du Mexique, a vécu un moment important de son histoire avec l’ordination de cinq nouveaux prêtres. Parmi eux figure l’Haïtien Jean Osner Germain Jules, dont le parcours attire particulièrement l’attention par sa dimension humaine, spirituelle et interculturelle.
Jean Osner, un Haïtien au parcours inspirant
Né le 10 mai 1994 et arrivé au Mexique le 18 novembre 2019 avec la congrégation religieuse dont il faisait partie, le Révérend Père Jean Osner occupe une place particulière parmi les nouveaux prêtres ordonnés. En tant qu’Haïtien, il incarne le parcours d’un homme ayant traversé les frontières géographiques pour répondre à l’appel de Dieu. Son histoire rejoint celle de nombreux Haïtiens vivant à l’étranger, souvent confrontés à l’adaptation linguistique, culturelle et sociale. Mais dans son cas, le chemin migratoire s’est accompagné d’un engagement spirituel profond qui l’a conduit jusqu’au sacerdoce ministériel.

« Il est toujours difficile de s’adapter pleinement à un nouveau pays lorsque la culture diffère profondément de la sienne. Dès mon arrivée au Mexique, de nombreux obstacles se sont présentés : la barrière de la langue, qui rend les échanges quotidiens épuisants ; des codes de politesse parfois déroutants ; l’éloignement de la famille qui s’est vécu comme source d’un vide affectif ; ou encore le sentiment d’exclusion lié à l’incapacité de comprendre l’humour local, qui isole progressivement. Cependant, l’accueil des Mexicains, une fois que la barrière est brisée, est non seulement possible, mais aussi enrichissant et beau », confie le nouvel ordonné à la rédaction d’Explicite NET.
Persévérance dans la foi
Dès son arrivée au Mexique, le Révérend Père Jean Osner s’était d’abord installé dans le centre du pays, plus précisément à Guadalajara. Par la suite, il a été envoyé dans le nord, à Tijuana, une ville frontalière avec les États-Unis d’Amérique où il a commencé à travailler auprès des migrants, des personnes déportées, des démunis et des plus pauvres. Au fil des années, la situation est devenue particulièrement complexe au sein de sa congrégation. Alors que plusieurs de ses camarades avaient choisi de partir, il était resté le seul à persévérer dans cet itinéraire vocationnel.

Confronté aux réalités de cette région transfrontalière, qui accueille une importante communauté haïtienne, le Révérend Père Jean Osner a rapidement constaté la nécessité de développer une pastorale migratoire adaptée afin de répondre efficacement aux exigences et aux nombreux défis liés à la crise migratoire. C’est dans ce contexte difficile qu’il a décidé d’entreprendre des démarches pour intégrer le Séminaire diocésain de l’archidiocèse de Tijuana, où il a étudié la théologie pendant quatre ans.
Une fierté pour la communauté haïtienne
Pour beaucoup, le parcours du Révérend Père Jean Osner constitue un symbole d’espérance et de persévérance. Dans un contexte où Haïti traverse de profondes crises politiques, économiques et sécuritaires, les réussites individuelles à l’étranger sont souvent perçues comme des motifs de fierté collective.

Des membres de la communauté haïtienne au Mexique ont également salué l’accueil reçu au sein de l’Église locale. Selon eux, cette ordination démontre qu’il est possible de construire des ponts humains et spirituels au-delà des différences culturelles. Son ordination est perçue comme une source de fierté non seulement pour cette communauté vivant au Mexique, mais aussi pour de nombreux compatriotes restés en Haïti.
Pour plusieurs fidèles mexicains, voir un Haïtien accéder au sacerdoce dans un contexte international témoigne de l’universalité de l’Église catholique. Cela rappelle également que la vocation religieuse peut naître et grandir malgré les difficultés économiques, sociales ou migratoires.

Au-delà de l’aspect religieux, certains voient dans cette histoire un message universel sur la capacité des personnes migrantes à contribuer positivement aux sociétés qui les accueillent. Par ailleurs, cet événement a suscité de nombreuses réactions positives et des déplacements importants au sein de la diaspora haïtienne. Ainsi, nous avons pu constater la présence de personnalités importantes venues des États-Unis d’Amérique pour participer à l’ordination sacerdotale de ce fils de Chambellan, l’une des communes du département de la Grand’Anse.
Une mission qui commence
Si l’ordination sacerdotale marque la fin d’une étape de formation, elle représente surtout le début d’une nouvelle mission. Conscient de cela, le Révérend Père Jean Osner s’adresse à la nation haïtienne, en disant : « Nous ne pouvons plus attendre que la solution vienne d’ailleurs. C’est à nous, fils et filles d’Haïti, qu’il appartient de reconstruire notre maison. Le moment est venu d’unir nos forces pour combattre, avec dignité et courage, toutes les iniquités qui nous accablent ».
Pour le nouvel ordonné, cette nouvelle mission s’annonce à la fois exigeante et porteuse d’espérance. Comme tout jeune prêtre, il devra apprendre à répondre aux réalités humaines et spirituelles auxquelles il sera confronté.

Cependant, il a déjà un plan pastoral défini qu’il compte ajuster et modifier selon les besoins de chaque communauté et de chaque personne. « Comprenant les racines du départ (Haïti) et les défis de l’accueil (Mexique), je peux agir comme avocat et guide pour ceux qui cherchent à restaurer leur dignité en les aidant à la défendre et en servant de trait d’union pour les communautés de migrants », soutient-il.
En effet, pour la communauté catholique de Tijuana, l’ordination du Révérend Père Jean Osner Germain Jules restera un moment fort de communion et d’espérance. Pour les Haïtiens, elle représente l’histoire d’un compatriote ayant porté sa vocation au-delà des frontières de son pays natal, symbole du rassemblement des peuples, des cultures et des histoires autour d’une même foi.

