À Jérémie, dans le département de la Grand’Anse, l’article 139 du projet de décret électoral continue d’alimenter les débats au sein de la population. Entre inquiétudes, critiques et approbations, plusieurs citoyens expriment des opinions divergentes sur cette disposition qui impose aux partis politiques de soumettre une liste de trente mille (30 000) membres, adhérents ou sympathisants pour pouvoir participer aux élections.
« Pour être habilité à présenter des candidatures aux postes électifs, tout parti, groupement ou regroupement de partis politiques agréé par le CEP est tenu de soumettre une liste de trente mille (30 000) membres, adhérents ou sympathisants jouissant de leurs droits civils et politiques », stipule l’article 139 du projet de décret électoral.
Dans les rues de Jérémie, les discussions autour de cette mesure se multiplient, notamment parmi les jeunes, les étudiants, les enseignants et certains acteurs politiques locaux.
Une disposition jugée trop exigeante
Pour plusieurs citoyens interrogés à Jérémie, cette exigence paraît difficile à appliquer dans la réalité actuelle du pays. Certains estiment que l’article 139 risque surtout d’écarter les petits partis politiques ainsi que les nouvelles structures voulant participer à la vie démocratique nationale.

« Ce sont les grands partis qui auront l’avantage. Les jeunes organisations politiques n’auront presque aucune chance », affirme Cralens Jeune, un étudiant en droit rencontré au centre-ville de Jérémie.
D’autres considèrent que cette disposition pourrait réduire la participation politique dans un contexte où plusieurs citoyens ont déjà perdu confiance dans les institutions de l’État.
La question de la faisabilité
Des habitants de la Grand’Anse s’interrogent également sur la possibilité réelle pour un parti politique de réunir et de vérifier trente mille membres dans un pays confronté à l’insécurité et aux difficultés administratives.

Pour certains observateurs locaux, le risque de fraude ou de manipulation des listes demeure élevé. « Qui va contrôler l’authenticité de ces listes ? », questionne un enseignant bien connu de la ville de Jérémie, préoccupé par le manque de mécanismes de vérification crédibles.
D’autres citoyens soutiennent la mesure
Malgré les critiques, certains citoyens pensent que cette réforme pourrait aider à réduire le nombre excessif de partis politiques en Haïti.
Selon eux, plusieurs partis n’existent que de nom et apparaissent uniquement pendant les périodes électorales. Ils estiment que l’article 139 pourrait contribuer à rendre le système politique plus organisé et plus sérieux.
« On ne peut pas continuer avec des centaines de partis sans structure réelle », soutient Louis charles un étudiant à l’Université Publique de la Grand’Anse (UPGA) favorable à la réforme.
Un débat qui révèle une crise de confiance
Au-delà de l’article 139, plusieurs citoyens voient dans cette controverse le reflet d’une crise plus profonde touchant le système politique haïtien. Beaucoup réclament des réformes électorales capables de renforcer la démocratie tout en garantissant une participation inclusive.

À Jérémie comme dans d’autres régions du pays, le débat reste ouvert entre ceux qui souhaitent une meilleure organisation des partis politiques et ceux qui craignent une exclusion des nouvelles forces politiques.
Dans l’attente de l’adoption définitive du projet de décret électoral, l’article 139 continue de susciter interrogations et discussions au sein de la population grand’anselaise.

