Jérémie aux urnes : quels candidats pour bâtir l’avenir ?

Sur les réseaux sociaux, et notamment sur Facebook, des noms circulent déjà. Des pages locales, des groupes communautaires et des profils personnels annoncent des intentions de candidature, publient des programmes ou lancent des appels au soutien. C’est une excellente nouvelle : le débat public reprend vie. Mais c’est aussi une immense responsabilité pour chacun de nous. Il s’agit de ne pas se laisser porter par l’enthousiasme du moment ou la popularité d’une publication, mais d’interroger, de vérifier, de comparer et, surtout, de réfléchir.

Avant de parler des candidats, parlons de nous, citoyens de Jérémie. Voici les actions concrètes que nous devons mener dans les mois à venir :

Il est impératif de s’informer sérieusement, en ne se contentant pas d’une simple publication partagée des milliers de fois sur les réseaux sociaux. Chaque citoyen doit chercher à connaître le parcours réel des candidats, leurs réalisations concrètes et leur comportement passé dans la vie publique.

Nous devons prendre le temps de nous faire enregistrer et de vérifier la validité de notre carte électorale. Gardons à l’esprit qu’un bon candidat ne sert à rien si ses électeurs ne sont pas légalement en mesure de voter pour lui.

Il est essentiel d’organiser et de participer à des rencontres locales, à des forums de quartier et à des échanges directs avec les prétendants aux postes. Au lieu de les suivre uniquement en ligne, il faut les confronter à la réalité du terrain : l’état critique de nos routes, de notre hôpital, de nos écoles, de notre port et de notre agriculture.

Nous devons farouchement résister à l’achat de conscience. N’oublions jamais que l’argent distribué à la veille d’un scrutin n’a jamais construit une route, soigné un malade ou éduqué un enfant ; il n’achète qu’un silence complice pour les cinq années à venir.

La question n’est pas de savoir « qui a le plus de moyens » ou « qui est le plus connu ». La véritable question est la suivante : qui a la compétence, l’intégrité et l’amour du territoire nécessaires pour servir ?

Un candidat digne de représenter Jérémie devrait pouvoir répondre, sans le moindre détour, à ces cinq questions :

  1. Qu’as-tu déjà accompli pour ta communauté, avant même de convoiter un poste politique ?
  2. Disposes-tu d’un plan d’action concret, et non de vagues promesses, pour relever les défis de l’agriculture, de la pêche, de l’éducation, de la santé et des infrastructures routières ?
  3. De quelle manière comptes-tu rendre des comptes une fois élu, à qui t’adresseras-tu et à quelle fréquence ?
  4. D’où provient le financement de ta campagne, et à qui seras-tu redevable en retour ?
  5. Es-tu prêt à vivre à Jérémie, au quotidien avec les Jérémiens, ou prévois-tu de gouverner à distance ?

Un bon candidat n’a pas besoin d’être riche ; il a besoin d’être honnête, compétent, courageux et profondément enraciné. Il doit concevoir la fonction élective comme un service rendu à la collectivité, un véritable sacerdoce, et non comme un tremplin personnel vers la fortune ou vers un pouvoir sans limites.

Beaucoup d’électeurs confondent encore ces fonctions ou n’en mesurent pas le véritable potentiel. Il est donc crucial de les clarifier :

Le maire et le conseil municipal gèrent la vie immédiate de la commune : l’état civil, la voirie locale, les marchés publics, l’assainissement, l’urbanisme, la sécurité de proximité et la gestion des espaces publics. C’est le poste le plus proche du citoyen ; c’est l’élu que l’on croise dans la rue et à qui l’on peut demander des comptes directement. Pour Jérémie, un maire de qualité peut transformer le visage de la ville. Cela se traduit par un marché organisé et salubre, des rues praticables même en saison pluvieuse, et une gestion transparente des taxes locales qui sont réinvesties dans la commune au lieu d’être détournées. Le maire représente la première ligne de l’indépendance locale : une commune qui gère efficacement ses propres ressources dépend beaucoup moins de l’aide extérieure.

Le député représente sa circonscription à la Chambre des députés. Son rôle est double : il légifère au niveau national et défend les intérêts de sa circonscription dans les arbitrages budgétaires et les grands projets d’État (routes nationales, hôpitaux, électrification, ports, écoles publiques). Un bon député pour Jérémie n’est pas seulement une voix à Port-au-Prince ; c’est un porte-voix qui revient sur le terrain. Il rend compte de ce qu’il a obtenu, ou non, pour la Grand’Anse et résiste à la tentation de s’aligner sur des intérêts étrangers à sa circonscription dans le seul but de préserver sa carrière.

Le sénateur représente l’ensemble du département, et donc toute la Grand’Anse, pas seulement Jérémie. Si le Sénat vote les lois, il joue également un rôle de contrôle sur l’exécutif et sur les grandes orientations du pays : ratification d’accords internationaux, contrôle budgétaire et maintien de la stabilité institutionnelle. Un sénateur sérieux pense bien au-delà d’un simple mandat. Il se concentre sur les infrastructures structurantes, l’autonomie économique du département (par l’agriculture, la pêche, le tourisme et l’artisanat), la formation professionnelle et le désenclavement de la région. C’est la fonction qui, lorsqu’elle est bien exercée, peut poser les fondations d’une Grand’Anse plus autonome, capable de nourrir, d’éduquer et de soigner ses habitants sans dépendre en permanence de la capitale ou de l’étranger.

Ce mot d’« indépendance » revient souvent, et il faut le prendre au sérieux. Il ne s’agit pas d’une rupture avec l’État haïtien, mais de la capacité d’une commune et d’un département à se tenir debout par leurs propres forces : leur agriculture, leur pêche, leur artisanat, leur système éducatif et leur administration locale. Il s’agit de cesser de mendier chaque année une aide extérieure ou une faveur politique auprès de la capitale.

Cela suppose d’élire des dirigeants qui travaillent en synergie : un maire qui organise le terrain, un député qui négocie les moyens nationaux et un sénateur qui porte la vision régionale. Trois fonctions différentes au service d’un seul objectif : faire en sorte que Jérémie et la Grand’Anse cessent d’être une périphérie oubliée pour devenir un modèle de saine gestion locale.

Aucun de ces postes n’est un moyen de s’enrichir. Aucun n’accorde un pouvoir absolu. Un maire, un député ou un sénateur sont des serviteurs temporaires du peuple. Ils sont redevables envers ceux qui les ont élus et ne doivent en aucun cas se comporter en seigneurs installés pour la vie. Le jour où un élu oublie ce principe, il cesse de servir Jérémie et commence à se servir lui-même.

Suis-je prêt à accorder mon vote en fonction de la compétence et de l’intégrité d’un candidat, plutôt que de me laisser dicter mon choix par des attaches familiales, régionales ou par de l’argent reçu ?

Est-ce que je connais véritablement le programme de la personne que je soutiens sur Facebook, ou est-ce que je me contente de suivre l’enthousiasme aveugle d’un groupe ?

Qu’est-ce que j’attends très concrètement de l’action d’un maire, d’un député ou d’un sénateur pour le développement de Jérémie au cours des cinq prochaines années ?

Suis-je disposé, en tant que citoyen, à m’impliquer activement dans un comité de quartier, une association ou un mouvement de vigie citoyenne pour exiger des comptes aux élus après le vote, et pas seulement durant la campagne ?

Jérémie ne se construira pas uniquement dans le secret de l’isoloir. Elle se forgera grâce à notre vigilance de chaque instant, à travers les questions dérangeantes que nous oserons poser, et par notre courage à refuser la facilité. Le prochain scrutin est une occasion précieuse, mais ce n’est pas une garantie. Le reste dépendra entièrement de nous.

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