Clôture du Festival Cité des Poètes à Jérémie : L’engagement de la parole contre l’effondrement

Le point d’orgue de cette soirée de clôture fut sans conteste la représentation de la pièce théâtrale « Dènye rèl » (Le dernier cri) à 21 h 15. Seule en scène, l’autrice et metteuse en scène Anne Stherline Julot a livré une performance d’une rare intensité dramatique.

Habité par une rigueur dramaturgique et une force interprétative remarquables, son jeu s’est déployé comme une mise à nu viscérale, captivant un public attentif. La justesse de sa présence scénique, alliée à une projection vocale impeccable, a permis de donner corps et âme à la détresse et à la révolte d’une jeunesse face au tragique contemporain.

Sur scène, la comédienne Anne Stherline Julot a offert une performance des plus émouvantes.

Au-delà de la performance esthétique, « Dènye rèl » s’est affirmé comme un réquisitoire lucide et sans concession contre les maux profonds qui traversent la société. Le texte aborde en effet de front le drame de la violence systémique, dénonçant avec vigueur les agressions sexuelles perpétrées à l’encontre des femmes. Il met également en lumière l’emprise délétère de l’insécurité qui ronge le territoire, tout en décriant les ravages institutionnels et moraux engendrés par la corruption.

En choisissant le théâtre et la poésie comme miroirs de ces réalités sombres, le festival a réaffirmé la fonction première de l’art : celle d’être un espace de vérité et de mémoire face au chaos.

Cette clôture solennelle couronne un parcours rigoureux débuté le 12 juin dernier et témoigne de la densité des échanges qui ont jalonné ces trois journées à travers la ville. Le samedi après-midi a notamment été marqué par la tenue de la table ronde éponyme « Faire poème aujourd’hui », animée par le professeur Ernso F. Pétion. Celle-ci a réuni des figures majeures de notre littérature telles que Lyonel Trouillot, Adelson Elias, Aphlée Désard, Ar Guens Jean-Mary et Luis Bernard Henry. Ces réflexions de haut niveau ont été suivies, dimanche après-midi, par l’atelier de création poétique « Vagues-lettres » en bord de mer, orchestré par Lyonel Trouillot, matérialisant ainsi l’ancrage géographique et maritime de la création jérémienne.

L’écrivain Lyonel Trouillot, invité d’honneur du festival, en plein échange avec le public. Crédit image : AFJ

Pendant toute la durée du festival, Jérémie a fièrement défendu son titre de « Cité des Poètes ». Des ateliers d’écriture aux conférences, en passant par les interventions directes avec les participants et participantes, l’événement a réussi son pari : démocratiser la poésie et offrir une tribune d’expression essentielle à la jeunesse ainsi qu’aux créateurs locaux.

Alors que les délégations d’écrivains et d’intervenants s’apprêtent à quitter Jérémie, la laissant à son calme studieux ce lundi 15 juin, l’heure est désormais au bilan pour le comité d’organisation. Ce premier essai s’impose comme une éclatante réussite, tant par la qualité des débats que par la mobilisation du public de la Grand’Anse. L’équipe a profité de ce moment pour saluer l’engagement des partenaires, des intervenants et de la communauté, qui ont cru en ce projet dès le lancement de sa première conférence de presse.

Affiche biographique de Syto Cavé, célèbre poète et dramaturge originaire de la localité de Carrefour Sanon à Jérémie.

L’événement n’entend pas demeurer une initiative isolée. Le rideau à peine tombé sur les accords poignants d’Anne Stherline Julot, les perspectives d’une deuxième édition se dessinent déjà. En institutionnalisant ce rendez-vous, le Festival Cité des Poètes ambitionne de pérenniser à Jérémie un espace de liberté intellectuelle et de transmission intergénérationnelle, prouvant que face aux crises nationales, la culture demeure notre plus digne et notre plus solide rempart.

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