Cérémonie de collation de diplômes pour 179 jeunes de l’École Professionnelle de Jérémie

Le décor était planté bien avant l’arrivée de la procession. Officiels, autorités, parents, amis et membres de la presse attendaient impatiemment les futurs gradués dans la cour et à l’intérieur du sanctuaire. Des figures du clergé du diocèse étaient en tête du peloton, suivies à la file indienne par les responsables du centre de formation et les étudiants. Bien avant la cérémonie liturgique, une robe et un costume, confectionnés et portés par une étudiante et un étudiant respectivement désignés Reine et Roi de la soirée, ont piqué la curiosité de l’assistance.

La Reine et le Roi, pris de dos lors de leur entrée dans le sanctuaire de la Médaille Miraculeuse.

Entre 16 h et 17 h, les futurs diplômés prenaient déjà place en attendant l’arrivée du célébrant. À 17 h, sous les chants de la chorale Notre-Dame, le Révérend Père Jean Louiner Saint-Fort, également vicaire général du diocèse de Jérémie, a fait son entrée vers l’autel. Tout de suite après son installation, le maître de cérémonie, M. Dorestant Clif-ton, accompagné d’un étudiant, a pris soin de souhaiter la bienvenue aux invités.

Après les propos d’introduction, le moment est venu pour le prélat de s’adresser au public, et particulièrement aux étudiants. Dans son homélie de circonstance, l’homme de Dieu a fondé son message sur trois axes, à savoir : le discernement, la discipline et la responsabilité. Le père Saint-Fort a conseillé aux récipiendaires d’apprendre à écouter, à regarder et à servir, avant de les inviter à se poser cette question : « Que ferez-vous de ce que vous avez appris ? »

Dans son message, le vicaire a également mis en garde les jeunes contre l’illusion d’un succès rapide et facile. « Le diplôme ne garantit pas un succès immédiat, ni de voir la vie comme une trajectoire linéaire, mais il permet de résoudre des difficultés tout en apportant des solutions aux problèmes complexes », a-t-il souligné.

Pour le Révérend Père Jean Louiner Saint-Fort, si le diplôme peut ouvrir une porte et la compétence permettre d’y entrer, le sens du service reste la clé pour perdurer dans l’exercice d’un métier. Il a ensuite conseillé à ces futurs professionnels de toujours prendre en compte la dignité de la personne humaine dans leur carrière. « À quoi ça sert une compétence si elle n’est pas mise au service des autres ? », a-t-il demandé à l’assistance. « Aujourd’hui, il n’y a pas que le savoir-faire, il y a aussi le savoir-être et l’éthique professionnelle », a-t-il commenté.

Tel un père de famille, le révérend a pris près d’une heure pour inculquer à ces jeunes ces notions essentielles à la vie professionnelle. L’un des moments forts de ce prêche a été l’instant où il a déclaré que l’on peut être compétent et connaître le doute, courageux et connaître la peur. Il a conclu en conseillant à ces jeunes femmes et hommes de ne pas laisser les tempêtes de la vie altérer leur regard, et de toujours prendre en compte la dimension sociale de leur métier.

Dans son discours, prononcé également au nom du parrain de la promotion, le Dr Boutros Gally Pierre (absent de la cérémonie en raison d’un empêchement professionnel), la marraine, Mme Rosénie Mongérard Lamarre, a décrit ses filleuls comme des bâtisseurs invisibles mais essentiels au changement d’Haïti. Elle a ensuite salué le courage de la directrice, Mme Marie Rosana Jean, qui, selon elle, n’a pas seulement dirigé l’école, mais a façonné la vie de centaines de jeunes.

La marraine lors de la remise d’un album à l’une de ses filleules.

« Refusez la médiocrité, n’attendez pas que vos opportunités viennent d’en haut », a conseillé d’une voix ferme la marraine à ces jeunes. Elle a ensuite cité la célèbre phrase de Jean-Paul Sartre, tirée de son œuvre Saint Genet, comédien et martyr publiée en 1952 : « L’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous ». À l’égard de ses filleuls, elle a ajouté croire fermement que chacun porte en lui l’étincelle de la création. Pour Mme Rosénie Mongérard Lamarre, les métiers manuels qui permettent de bâtir des routes, de développer des technologies et d’ériger des bâtiments sont le véritable levier de la transformation sociale qu’attend notre chère République.

Dans son allocution, la directrice, Mme Marie Rosana Jean, a tenu à remercier tous les invités de leur patience. Des salutations spéciales ont été adressées aux autorités ecclésiastiques, départementales et locales, ainsi qu’aux parents, collaborateurs et gradués présents dans la salle, considérés comme le véritable espoir de la nation.

Elle a invité les diplômés à suivre les traces de Mgr Willy Romélus, dont la promotion porte le nom. C’est une figure dont l’influence continue de résonner bien au-delà des murs des églises et des cœurs qu’il a conquis et unifiés par sa foi active. « Faites de ce nom un phare dans votre navigation sur la mer houleuse de la vie », a-t-elle ajouté.

La directrice de l’École Professionnelle de Jérémie (EPJ), Mme Marie Rose Anna Jean.

Selon sa directrice, l’École Professionnelle de Jérémie continue de prouver qu’elle est un héritage social et culturel remarquable du département de la Grand’Anse. Elle a appuyé ses propos en citant Nelson Mandela, qui, lors d’un discours au Planet Club de Johannesburg en 2003, affirmait : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde. » En ce sens, ajoute-t-elle, la formation professionnelle est l’instrument par excellence pour construire et développer une nation.

La responsable a aussi rendu un vibrant hommage à tous ceux et celles qui ont contribué à l’éducation des jeunes diplômés et à l’avancement de l’EPJ. En ce sens, elle a salué la présence de Frantz Elbé, ancien directeur général de la Police Nationale d’Haïti, qui, à travers sa fondation, a financé les études d’au moins 30 jeunes. Mme Jean a qualifié ce geste d’œuvre sociale qui restitue la dignité de ces derniers, avant de conclure en rappelant que la construction sociale ne passera jamais par la violence et la division, mais par la recherche du bien commun.

Bien avant le discours de la directrice de l’établissement de formation, et tel que planifié dans le protocole de la soirée, il a été procédé à la lecture du palmarès, au transfert des cordons, à la passation du flambeau, au discours de la promotion prononcé par l’étudiante Adolphe Kerline, à un chant exécuté par les récipiendaires et, enfin, à la prestation du serment professionnel.

La transmission symbolique du flambeau par un récipiendaire à la relève étudiante.

Ledit serment a été prononcé, la main droite levée et à haute voix, comme suit :

« Nous, étudiants de l’École Professionnelle de Jérémie,

Jurons,

De servir notre patrie,

De respecter le code du travail,

D’appliquer la déontologie du métier

Avec beaucoup de professionnalisme,

Dans la discrétion,

Pour le plus grand bonheur de tous ceux qui feront appel à nos services. »

Pour couronner la soirée, ces étudiants ont obtenu leur diplôme en cuisine, électricité, informatique, plomberie, construction de bâtiments, cosmétologie, coupe et confection, ainsi qu’en réfrigération. Cela, sans oublier les autres qui ont pu choisir d’assister ou non à la cérémonie.

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