À Previlé, une section communale de Jérémie, département Grand’Anse, oubliée des grands budgets, l’examen officiel de la 9ème année fondamentale a tourné au parcours du combattant. Entre l’introduction improvisée de nouvelles disciplines et l’absence totale d’accompagnement logistique, les 285 candidats ont frôlé la crise de nerfs. Derrière ce chiffre se cache une réalité alarmante : une communauté éducative livrée à elle-même face à l’intégration précipitée de ces nouvelles matières.
En effet, pour qu’une réforme éducative fonctionne, elle doit reposer sur un trépied indispensable : le manuel, le maître formé et l’infrastructure.
Une section communale face au verdict des chiffres
Ils étaient 285 élèves cette année à franchir le seuil des centres d’examen à Previlé. Ce chiffre, qui témoigne du sacrifice immense des familles rurales pour scolariser leurs enfants, masque une réalité beaucoup moins reluisante. Pour ces adolescents, décrocher le certificat de la 9e année fondamentale n’était pas seulement une affaire de révisions, mais un véritable jeu de hasard académique.
Dès le premier jour des épreuves, l’atmosphère était lourde. L’enjeu ? Affronter un ensemble de « nouvelles matières », intégrées à la hâte dans le curriculum officiel, sans que les enseignants n’aient été nommés ou formés, et sans que les outils de base n’aient jamais traversé les montagnes pour arriver jusqu’à eux.
Quand l’épreuve devient hors-sol
Comment peut-on évaluer de manière équitable des élèves qui n’ont jamais vu le matériel requis ? Dans une section communale comme Previlé, où l’accès à l’électricité est un luxe et où le réseau internet est quasi inexistant; soumettre 285 candidats à des questions théoriques sur les nouvelles technologies ou sur des réalités urbaines complexes constitue un biais d’évaluation majeur. Ce n’est plus s’assurer des compétences de l’élève, c’est tester son origine géographique.

« Nous avons été envoyés au front sans munitions », confie un responsable sous couvert d’anonymat. « On nous demande d’évaluer la conformité d’un examen dont nous découvrons les critères en ouvrant les enveloppes de questions. C’est injuste pour les enfants, et c’est déshonorant pour notre corps de métier. »
Pour que Previlé ne soit plus une zone blanche éducative
L’examen officiel de Previlé met en lumière une fracture nationale. Si les réformes ne sont pensées que pour les élèves des centres urbains disposant de toutes les infrastructures, alors l’examen d’État cesse d’être un ascenseur social pour devenir une barrière d’exclusion.

Si l’État veut moderniser l’école, il doit commencer par acheminer les manuels, former les maîtres et garantir que le candidat de la section communale la plus reculée dispose des mêmes chances de réussite que celui des écoles de la capitale. Le verdict des urnes académiques ne doit pas être dicté par la géographie.

