Pour ce 1er mai, à la place Dumas, au cœur de Jérémie, les couleurs, les saveurs et les sourires ont envahi l’espace public à l’occasion de la fête de l’agriculture et du travail. Une scène vibrante, presque festive. Pourtant, derrière cette vitrine séduisante, une réalité plus dure persiste : celle d’un secteur agricole abandonné, livré à lui-même.
Une vitrine répétitive qui masque une crise profonde
Fruits, légumes, produits transformés, tonmtonm, fresco, bière, plantules… les étals se succèdent dans une répétition qui traduit autant la richesse du terroir que le manque d’accompagnement structuré. Contrairement à l’année précédente, la foire de la place Dumas semble avoir perdu en diversité et en organisation. L’innovation est quasi absente, et l’impression générale est celle d’un événement qui peine à se renouveler. Plus préoccupant encore, plusieurs acteurs clés du secteur brillent par leur absence.

Des initiatives reconnues comme Goman Kreyasyon, restée à Bon Repos Bordes, ou encore d’autres structures évoluant dans des espaces comme le Lakou Carl Edouard Peters, le Foyer Culturel ou la FNGA, n’ont pas participé à cette foire traditionnelle. Cette absence soulève des interrogations : manque de coordination ? Défaut d’encadrement ? Ou simple désintérêt face à un événement qui ne valorise plus assez les acteurs structurés ?
Pourtant, derrière chaque stand, nous retrouvons des agriculteurs courageux qui continuent de produire malgré l’absence de soutien réel. Manque d’accès au crédit, routes agricoles impraticables, insécurité persistante : les obstacles sont légion. La fête devient alors paradoxale. Nous célébrons les fruits de leur labeur tout en ignorant les conditions précaires de leur production.
Une fête qui devrait être une interpellation
Au-delà de l’ambiance de circonstance, cette journée devrait être un moment de revendication. Une occasion pour les agriculteurs de faire entendre leur voix et d’exiger des actions concrètes. Car sans une classe agricole forte, il n’y a ni souveraineté alimentaire, ni développement durable. La place Dumas reste un symbole puissant : celui d’un peuple attaché à sa terre. Mais elle révèle aujourd’hui une stagnation inquiétante.

Répéter l’exposition des mêmes produits chaque année, sans évolution notable, tout en constatant le retrait d’acteurs pivots, n’est pas un signe de stabilité, mais plutôt celui d’un système agricole désorganisé et délaissé.
Célébrer l’agriculture ne suffit plus. Il est désormais impératif d’investir, de structurer, de coordonner et surtout d’inclure tous les acteurs. Sinon, la fête de l’agriculture risquera de devenir, année après année, la simple mise en scène d’un immense potentiel inexploité.

