Un demi-siècle après sa fermeture, l’EDJER célèbre sa première année de réouverture

Il aura fallu plus d’un demi-siècle pour que la lumière se rallume. Le 7 avril 2025, l’École de Droit de Jérémie (EDJER) rouvrait officiellement ses portes. Un an plus tard, sa célébration anniversaire, initialement prévue le 7 avril 2026, a été organisée ce 25 avril en raison de quelques ajustements organisationnels. Cette commémoration marque une étape symbolique forte : celle d’une institution renaissante, porteuse d’une mémoire longue et d’un avenir à construire.

Créée en 1969 dans le cadre d’une politique d’extension de l’enseignement supérieur, celle qui fut initialement baptisée « École Libre de Droit de Jérémie » n’aura vécu que quatre années. Sa fermeture brutale, survenue sous le régime autoritaire de François Duvalier et dans le sillage des tragiques Vêpres jérémiennes, a interrompu net la formation d’une élite juridique dans la Grand’Anse. Ce n’est pas seulement une institution qui a disparu ; c’est une génération qui a été privée d’opportunités, et une région entière qui a été reléguée à la périphérie du savoir.

L’assistance attentive dans les jardins de l’Alliance Française de Jérémie, ce 25 avril, pour célébrer le premier anniversaire de l’EDJER.

Dans un contexte national marqué par les fragilités de l’État de droit, la mission de cette nouvelle institution réincarnée prend une dimension stratégique. Former des juristes aujourd’hui, c’est préparer les fondations de la justice de demain. L’école se donne pour vocation de former des magistrats intègres, des avocats engagés, des notaires rigoureux et des citoyens conscients de leurs responsabilités. Car là où le droit est faible, l’arbitraire prospère ; et là où le droit est enseigné avec rigueur, l’espoir renaît.

La célébration de ce premier anniversaire a réuni étudiants, autorités académiques et invités autour d’un message fort : celui de la continuité et de la responsabilité. Dans son discours, M. James Francisque, président du comité de la première cohorte, a rappelé que cette réouverture est bien plus qu’un fait académique : elle est une réponse à l’histoire et un engagement envers l’avenir. « Ce que l’histoire avait suspendu, notre génération a choisi de le reprendre », a-t-il déclaré, soulignant le rôle du droit comme socle de toute société juste et la responsabilité des étudiants dans la transformation du pays.

Le Doyen de l’EDJER, M. Ernso Francisco Pétion.

Au cœur de cette commémoration, une idée directrice a été mise en avant par le Doyen de l’EDJER, M. Ernso Francisco Pétion : l’EDJER n’est pas seulement une institution, elle est un projet. Un projet académique, d’abord, visant à reconstruire une formation rigoureuse en province. Un projet social, ensuite, destiné à offrir aux jeunes de la Grand’Anse une alternative crédible à l’exode vers la capitale. Cette vision donne à la réouverture de l’EDJER une portée qui dépasse largement le cadre universitaire. Elle engage une responsabilité collective et inscrit l’école dans une dynamique de transformation durable. Comme l’a souligné le Doyen, penser l’EDJER comme un projet, c’est accepter qu’elle soit en construction, appelée à évoluer, à se renforcer et à s’enraciner dans le temps.

Toutefois, ce chantier en construction suscite légitimement quelques inquiétudes au sein de la population. Plusieurs citoyens s’interrogent notamment sur l’absence, à ce jour, d’une note officielle de l’Université d’État d’Haïti (UEH) informant le public de la reconnaissance formelle de cette annexe à Jérémie. À cette préoccupation s’ajoute la question de la cotisation annuelle exigée des étudiants, dont le montant diffère nettement des standards habituels de l’UEH.

Interrogé par notre rédaction sur ces zones d’ombre, un membre de l’administration de l’EDJER, ayant requis l’anonymat, s’est voulu rassurant. Selon cette source, la question de la note officielle de l’UEH est une formalité en cours qui « sera réglée bientôt ». Concernant la disparité des frais, ce responsable explique qu’elle est directement liée à l’aspect financier : l’EDJER n’ayant pas encore été intégrée dans le budget régulier de l’UEH, l’école doit s’appuyer sur ces cotisations pour assurer son fonctionnement immédiat.

Une étudiante de l’École de Droit de Jérémie (EDJER).

Dans un pays où l’accès à une formation universitaire de qualité reste inégal, l’EDJER représente une opportunité majeure pour les jeunes de la Grand’Anse et au-delà. Elle redonne à Jérémie son statut de pôle intellectuel et participe activement à la décentralisation du savoir juridique en Haïti.

Plus qu’une école, elle devient un espace de débat, de formation citoyenne et d’engagement social. Dire que cette première année « efface » cinquante ans d’injustice serait peut-être audacieux. Mais elle en marque sans aucun doute la fin du cycle. L’École de Droit de Jérémie est plus qu’un établissement : elle est un symbole de résilience, de mémoire et de reconstruction. Un an après sa réouverture, une conviction s’impose : le savoir peut être retardé, mais jamais définitivement supprimé.

« Là où l’on avait tenté d’éteindre la lumière du savoir, une nouvelle génération a choisi de la rallumer. »

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