Le théâtre, depuis sa genèse, a toujours été pensé comme un espace de transmission et de questionnement du réel. Loin du simple divertissement, il invite le public à porter un regard neuf sur ce qui l’entoure. C’est dans cette continuité que s’inscrit le travail de Ronald VITAL, metteur en scène originaire de Port-au-Prince, pour qui la scène devient un lieu de réflexion et de transformation.
Une vocation née dans la rue et nourrie par la mémoire collective
Le théâtre entre très tôt dans la vie de Ronald VITAL, au détour de la rue Montalais, à Port-au-Prince. Enfant, il observe une troupe d’étudiants de l’Université d’État d’Haïti répéter en plein air, portée par l’émotion brute du jeu. Cette proximité quotidienne avec la scène suscite en lui une envie de créer, renforcée par les soirées familiales rythmées par les apparitions télévisées de Théodore Beaubrun, figure emblématique de l’humour et du théâtre populaire haïtien.

Formé à l’Atelier Frankétienne, puis au Théâtre National d’Haïti et au Conservatoire Haïtien d’Art Dramatique (CHAD), Ronald VITAL construit une relation particulière avec le théâtre, qu’il décrit lui-même comme « une longue histoire d’amour », transmise aujourd’hui aux jeunes comédien·nes qu’il accompagne.
Une démarche artistique fondée sur l’anthropologie théâtrale
En tant que metteur en scène, il revendique une posture d’écoute et de liberté : laisser les comédien·nes explorer leur propre univers tout en construisant une œuvre collective rigoureuse. Sa méthode s’inscrit dans une perspective d’anthropologie théâtrale, où le corps est envisagé comme sujet principal bien avant toute prise de parole. La lecture, le questionnement collectif et la recherche physique précèdent systématiquement la mise en scène.
Inspiré par la biomécanique théâtrale de Vsevolod Meyerhold, il privilégie l’action physique au texte, sculptant l’espace scénique comme une matière en constante transformation. La musique traditionnelle, omniprésente, devient un personnage à part entière. Le vodou culturel traverse également ses créations, nourrissant une relation assumée avec les divinités et renforçant la dimension spirituelle de son théâtre.

Chez Ronald VITAL, les objets ne sont jamais de simples accessoires. Ils constituent un véritable moteur dramatique, porteur de tensions et de révélations psychologiques. Cette approche constitue l’une des marques les plus fortes de son identité artistique. Il nous confie :
« Je dirais un véritable [moteur] dramatique, car parfois ces objets créent une tension intense, des rebondissements et enflamment la scène comme un volcan, notamment grâce à la présence des lanp tèt gridap, des épingles de sûreté, des colliers de boules gogo. Ils révèlent les aspects cachés de la psychologie des personnages. Partout où on les remarque, on sent ma présence, même quand personne ne me voit. C’est comme l’ombre de moi-même. »

Ces éléments récurrents deviennent une signature visuelle et symbolique, inscrivant ses spectacles dans une continuité reconnaissable, presque rituelle.
Un théâtre d’urgence et de transformation sociale
Les mises en scène de Ronald VITAL sont traversées par des thématiques fortes : violences basées sur le genre, justice sociale, paix, environnement, protection de l’enfance, mémoire collective et éducation civique. Son théâtre se veut un espace de dénonciation, mais aussi de réparation.
« Mon travail est un appel lucide au réveil collectif. Cette révolution dont rêvent les Haïtien·nes peut commencer par le théâtre, la danse et la musique, utilisés non seulement pour critiquer, mais pour proposer des œuvres capables de transformer la société. »

Nous devons repenser nos priorités. Un pays ne peut pas fonctionner sans espaces de loisir, sans salles de théâtre, sans lieux de création. Là où la violence sème la haine, l’art peut resserrer les coudes, éveiller les consciences et créer du lien.
Le théâtre de Ronald VITAL le prouve : par le corps, les gestes et les objets symboliques, lanp tèt gridap, boules gogo, épingles, la scène devient un espace de réflexion, d’émotion et de transformation sociale. Le théâtre n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour imaginer, rêver et construire une société plus juste.

