Inspiré par les récentes initiatives du Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC) sur les infrastructures sportives en Haïti, le citoyen engagé Fegens Louis Jeune a adressé une lettre ouverte au ministre Pythagore Dumas.
En mettant en lumière le potentiel inexploité de la zone de Gouden, située dans la 4ᵉ section communale de Dame-Marie, le fondateur d’ERITYE WOZO AYITI (EWAYITI) invite les autorités centrales à évaluer les atouts géographiques, fonciers et stratégiques de la Grand’Anse. Son objectif : faire de ce territoire un véritable pôle de développement socio-économique durable.
Alors que la modernisation des terrains de football insuffle un nouvel espoir à la jeunesse du pays, la voix de la Grand’Anse se fait entendre à travers ce plaidoyer citoyen. Face aux réflexions nationales engagées par le MJSAC, illustrées notamment par l’évaluation du Parc Larco aux Cayes, Fegens Louis Jeune, travailleur social et fondateur de l’ONG EWAYITI, interpelle directement le ministre Pythagore Dumas.
Il encourage l’État haïtien à regarder au-delà des centres urbains traditionnels et à inscrire la commune de Dame-Marie dans le plan national de développement des infrastructures sportives. Découvrez l’intégralité de l’entretien accordé à Explicite NET par l’auteur pour mieux comprendre la genèse et les ambitions de cette démarche.
Yonelson : Qu’est-ce qui a motivé précisément la rédaction de cette lettre ouverte au ministre des Sports, Pythagore Dumas ?
Fegens : Ce qui nous a motivés, avant tout, c’est notre attachement à notre commune, Dame-Marie, ainsi que notre volonté de contribuer au développement de notre territoire et du département de la Grand’Anse. En tant que citoyen engagé dans le développement local et fondateur de l’organisation ERITYE WOZO AYITI (EWAYITI), nous croyons fermement que nos communautés rurales disposent de potentialités qui méritent d’être valorisées.
En prenant connaissance des réflexions nationales sur le développement des infrastructures sportives en Haïti, nous avons voulu attirer l’attention des autorités sur Gouden. Il s’agit d’une localité de « Petite Rivière », la 4ᵉ section communale de Dame-Marie. Ce site présente des atouts majeurs qui justifient une étude approfondie, notamment l’espace disponible, la proximité de la mer et la présence d’une piste d’atterrissage contiguë. Notre démarche vise à garantir que la Grand’Anse soit pleinement intégrée dans les réflexions nationales et bénéficie des opportunités de développement générées par ces projets.
Yonelson : En quoi la démarche récente du ministre concernant le Parc Larco aux Cayes vous a-t-elle inspiré cette proposition pour la Grand’Anse ?
Fegens : Cela nous a amenés à réfléchir aux opportunités existantes dans la Grand’Anse. Nous nous sommes demandé pourquoi, dans le cadre d’une planification nationale, nous ne pourrions pas également examiner le potentiel d’une zone comme Gouden, à Dame-Marie.
Notre démarche s’inscrit dans une volonté d’encourager les autorités à regarder au-delà des zones urbaines habituelles et à évaluer objectivement le potentiel de chaque territoire. Selon nous, chaque département doit participer à la construction d’une vision nationale du développement, en s’appuyant sur ses propres atouts et besoins.
Yonelson : Pouvez-vous nous présenter plus en détail l’organisation Eritye Wozo Ayiti (EWAYITI) et ses actions menées à Dame-Marie ?
Fegens : L’organisation ERITYE WOZO AYITI (EWAYITI), fondée en mai 2022, est une organisation à but non lucratif basée à Dame-Marie. Nous œuvrons pour le développement local, l’art, la culture, l’éducation de la jeunesse, l’autonomisation économique des femmes et la protection de l’environnement.
À travers des initiatives comme le programme « Lekòl Mwen Asire », nous accompagnons les élèves vulnérables dans le paiement de leurs frais scolaires afin de favoriser l’accès à l’éducation. Nous développons également l’« Atelier Manioc », un projet visant à renforcer l’autonomie économique des jeunes mères rurales par la transformation du manioc et la valorisation des produits locaux.
Nos actions portent aussi sur le recyclage des déchets plastiques, la transformation du coco en objets artisanaux, la sensibilisation environnementale, l’entrepreneuriat social ainsi que la promotion des valeurs civiques et culturelles. Notre vision est de faire du développement communautaire un moteur de changement durable, en donnant aux jeunes, aux femmes et aux familles les moyens de bâtir l’avenir de Dame-Marie et de la Grand’Anse.
Yonelson : Quels sont les atouts géographiques et stratégiques majeurs de la zone de Gouden pour accueillir un projet d’infrastructure sportive ?
Fegens : Les principaux atouts de Gouden résident dans sa disponibilité foncière, sa proximité avec la mer et la présence d’une piste d’atterrissage. Ces atouts méritent une évaluation approfondie pour déterminer la faisabilité d’une infrastructure sportive d’envergure.
La disponibilité foncière : Selon nos premières observations, l’espace situé autour du terrain de football actuel offre une superficie intéressante. Cela permettrait d’envisager un complexe structuré comprenant un terrain aux normes, des gradins, des espaces d’entraînement et des installations annexes.
La proximité de la mer : Cet atout géographique apporte une vraie valeur ajoutée au site. À long terme, il permettra de développer des activités sportives, touristiques et économiques complémentaires, sous réserve des études d’impact environnemental.

La piste d’atterrissage : D’une longueur estimée entre 1 et 2 kilomètres, elle présente un intérêt stratégique majeur pour la désenclavement et l’accessibilité.
Il faut également souligner que le terrain actuel existe grâce à l’engagement de plusieurs familles locales. Elles ont généreusement cédé une partie de leurs terres privées pour créer cet espace communautaire. Cette mobilisation citoyenne constitue un appui précieux pour toute initiative future, dans le respect des droits des propriétaires.
Yonelson : Comment la présence de la piste d’atterrissage et la proximité de la mer peuvent-elles valoriser un tel projet dans la région ?
Fegens : Concernant la piste d’atterrissage, si les études confirment la possibilité de sa réhabilitation, elle améliorera considérablement l’accessibilité de la région. Cela facilitera les déplacements lors des compétitions sportives et des événements régionaux, sous réserve de vérifier sa compatibilité avec le complexe sportif.
Quant à la proximité de la mer, elle stimulera le développement d’activités touristiques et économiques connexes, telles que l’hébergement, la restauration et divers services destinés aux visiteurs. En combinant ces deux infrastructures avec un complexe sportif bien planifié, Gouden pourrait devenir un pôle d’attraction majeur pour Dame-Marie et la Grand’Anse, créant ainsi de nouvelles opportunités pour la jeunesse et les entrepreneurs locaux.
Yonleson : Avez-vous déjà réalisé une première estimation ou étude technique préliminaire concernant l’espace disponible à Gouden ?
Fegens : Nous n’avons pas encore réalisé d’étude technique formelle, mais nous avons procédé à une observation de terrain rigoureuse. Fréquentant régulièrement Gouden pour des activités communautaires et culturelles au bord de la mer, nous avons pris conscience du potentiel exceptionnel du site.
Avec des membres de notre équipe, notamment Forestal Galutshi, Laville Jeanrmix, l’ingénieur en génie civil Teosolk De Lolendo Neptune et moi-même, nous avons effectué une évaluation préliminaire à l’aide d’outils cartographiques et numériques. D’après nos estimations, l’espace disponible autour du terrain actuel s’étend sur 10 à 20 hectares, avec des dimensions d’environ 300 sur 500 mètres. Nous avons également répertorié la piste d’atterrissage d’une longueur variant entre 1 et 2 kilomètres.
Ces données préliminaires doivent être confirmées par des relevés topographiques officiels. Néanmoins, elles démontrent que Gouden possède une position stratégique unique. Nous invitons donc les autorités compétentes à réaliser une étude de faisabilité approfondie afin de concrétiser l’aménagement de cette zone au bénéfice de Dame-Marie, de la Grand’Anse et de tout le pays.
Yonelson : Au-delà du football, quels impacts socio-économiques et touristiques attendez-vous d’un tel investissement ?
Fegens : Au-delà de la pratique sportive, un tel projet permettra de créer des emplois et de stimuler l’économie locale à travers le commerce, le transport, la restauration, l’artisanat et l’hôtellerie. La combinaison de la plage et de la piste d’atterrissage renforcera considérablement l’attractivité touristique de Gouden et de l’ensemble du département.
Notre ambition est de faire du sport un levier de développement territorial au service des jeunes et des familles. Naturellement, la concrétisation de ces retombées dépendra d’une planification rigoureuse et d’études d’impact sérieuses.
Yonelson : Si le ministre accepte votre invitation, quelles seraient les prochaines étapes concrètes ?
Fegens : Si Monsieur le Ministre répond favorablement à notre invitation, la première étape consistera à organiser une visite de terrain à Gouden, en lien avec les autorités locales et la communauté.
Par la suite, nous préconisons le lancement d’une étude de faisabilité technique, foncière, environnementale et économique afin d’évaluer les modalités d’aménagement du site. Notre objectif ultime est de transformer cette proposition citoyenne en un projet concret, garantissant l’intégration effective de Dame-Marie et de la Grand’Anse dans la carte des infrastructures sportives nationales.
La démarche engagée par Fegens Louis Jeune et son équipe illustre le dynamisme et la rigueur de la société civile de la Grand’Anse. En alliant observation de terrain, appui technique et vision prospective, la communauté de Dame-Marie prouve qu’elle dispose d’atouts incontestables pour porter des projets d’envergure nationale.
Il appartient désormais au Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique d’accueillir cette main tendue, fidèle au principe d’équité territoriale rappelé par l’auteur : « Manyen youn, manyen tout ».

