Malgré le lancement officiel de l’année académique 2026-2027 ce lundi 7 septembre, les rues de Jérémie n’affichent pas l’effervescence habituelle. Si les traditionnelles messes du Saint-Esprit ont bien été célébrées, la grande majorité des établissements a préféré repousser la véritable reprise des cours au 14 septembre. Explicite NET décrypte cette rentrée timide.
L’homélie du Rév. Père Marc-Antoine Casimir
Au Collège Saint-Louis, à l’occasion de sa traditionnelle célébration eucharistique qui s’est déroulée dans sa cour intérieure, le nouveau directeur de l’École du Secrétariat de Jérémie, le Révérend Père Marc-Antoine Casimir, a invité les élèves à renouveler leur foi et à se placer sous la grâce de Dieu. Dans son homélie, le prélat a rappelé l’importance de demeurer disponible à l’action de l’Esprit Saint, source de force, de joie et d’espérance.

S’appuyant sur la Parole de Dieu, il a souligné que l’Esprit reçu ne fait pas des croyants des esclaves, mais des enfants de Dieu, appelés à participer pleinement à sa vie. Il les a également exhortés à accueillir la Parole et, surtout, à la mettre en pratique au quotidien, avant de prononcer la bénédiction finale.
Le constat accablant des parents
Dans les marchés et devant les portails des établissements, le constat des parents est unanime : la vie n’a jamais été aussi chère. Entre l’envolée des prix des fournitures, le coût des uniformes et l’augmentation des frais d’écolage, la facture est devenue insupportable pour les familles jérémiennes.
Nathalie Auguste, une mère de trois enfants résidant dans un quartier populaire de la ville, se plaint des difficultés inédites de cette rentrée. Elle confie n’avoir pu acheter que la moitié des cahiers nécessaires pour son fils en classe de NS1.

Inquiète, elle s’interroge sur la manière d’envoyer ses enfants à l’école sans moyens financiers et déplore l’absence totale d’assistance sociale de la part de l’État, face auquel elle se sent complètement abandonnée.
Pour d’autres, la détresse financière oblige à faire des choix déchirants au sein même de la fratrie. C’est le cas de Gérome Alexis, un père de famille tenant une petite échoppe, qui explique n’avoir pu envoyer que deux de ses quatre enfants en classe pour ce premier jour. Il précise que les deux autres devront attendre le mois prochain, le temps qu’il rassemble les fonds nécessaires, soulignant le cruel dilemme quotidien entre nourrir sa famille et payer la première tranche de scolarité.
Le désarroi des directeurs et des bouquinistes
Ce cri du cœur des parents résonne également chez les bouquinistes. Les marchands de fournitures scolaires, installés aux alentours de la place Dumas de Jérémie, constatent une baisse drastique de leurs ventes. Leurs étals restent remplis de livres et de cahiers que presque personne ne peut s’offrir.
Du côté des responsables d’établissements, la gestion relève du véritable casse-tête logistique et humain. Entre la publication tardive de certains résultats des examens d’État, le manque d’enseignants et le retard inévitable dans le paiement des frais par des familles démunies, la viabilité financière des écoles est directement menacée.

Interrogé par Explicite NET, le directeur d’un établissement privé, qui a préféré garder l’anonymat, exprime son profond désarroi. Il décrit une administration prise en étau. D’’un côté, il comprend parfaitement l’incapacité des parents à régler les premières mensualités, mais de l’autre, ces fonds restent indispensables pour payer les professeurs et assurer le fonctionnement de base de l’école. Il ajoute que, face au coût élevé du matériel pédagogique et à l’hésitation de certains enseignants à reprendre le travail sans garantie salariale, l’année scolaire démarre dans une très grande précarité.
En dépit d’un climat social sous haute tension et des appels pressants lancés aux autorités pour soutenir les familles et les écoles, la communauté jérémienne refuse de céder à la fatalité. Au quotidien, directeurs, enseignants et parents s’organisent pour éviter que l’éducation ne devienne une victime collatérale de plus de cette crise.

