Vinícius Jr, le talent face au racisme

Le football est censé être un langage universel ; un terrain où la créativité, la passion et la performance devraient parler. Pourtant, lors du récent affrontement entre le Real Madrid et Benfica en Ligue des champions, ce n’est pas uniquement le talent qui a marqué les esprits, mais encore une fois, le spectre du racisme. Au cœur de cette soirée intense, un nom revient inévitablement : Vinícius Júnior.

Sportivement, la performance de Vinicius mérite d’être célébrée. Il a été percutant, imprévisible. Son but décisif, une frappe enroulée spectaculaire, a offert la victoire au Real Madrid. Un geste technique de grande classe, symbole de son évolution et de son statut parmi les joueurs les plus marquants de sa génération. Mais, une fois de plus, la discussion s’est détournée du football et de son talent pour se concentrer sur une polémique raciale.

But de Vini Jr. qui donne l’avantage au Real Madrid sur SL Benfica! Photo: B/R Football

Quelques instants après son but, le match a été interrompu lorsque Vinicius a accusé un joueur argentin de Benfica, Gianluca Prestianni, d’avoir proféré des insultes racistes à son encontre. Selon plusieurs témoignages, le Brésilien aurait été traité de « singe », une insulte chargée d’une violence historique inacceptable. L’arbitre a activé le protocole anti-racisme, interrompant le jeu pendant plusieurs minutes.

Si ces faits sont confirmés, ils illustrent une vérité dérangeante : malgré les campagnes contre la discrimination (souvent sans résultat), certains acteurs du football continuent de franchir des lignes qui ne devraient même plus exister. Car le racisme n’est pas du « trash talk ». Ce n’est pas une stratégie mentale. C’est une violence historique. Dès lors, le cas de l’Argentin pose une question essentielle : jusqu’où peut aller la provocation dans le football ?

Vinicius Jr (#7) discute avec Gianluca Prestianni, reconnaissable à son maillot rouge et blanc. Photo: B/R Football

Certains défendent l’idée que le terrain est un espace de confrontation psychologique ; mais le racisme n’est pas une tactique. Ce n’est pas un outil stratégique. C’est une violence symbolique, héritée d’un passé colonial et discriminatoire, qui dépasse largement le cadre du sport.

Le football est émotionnel, intense, provocateur, on le sait très bien ; mais il existe une frontière claire entre la compétition et l’inhumanité. L’attitude du joueur impliqué soulève une interrogation fondamentale : comment, en 2026, un professionnel évoluant dans un environnement multiculturel peut-il ignorer le poids d’une telle insulte ?

Le geste de masquer ses propos, s’il est avéré, suggère une conscience de la gravité de l’acte. Cette conscience rend la situation encore plus préoccupante. Le silence, la banalisation ou la défense aveugle de tels comportements ne font que prolonger un cycle toxique que le football tente pourtant de briser. Couvrir sa bouche pour masquer ses mots, comme rapporté par des témoins, ne serait pas seulement un geste de dissimulation, mais une preuve tangible de l’intentionnalité.

Vinicius, cible répétée et symbole de résistance

Ce n’est malheureusement pas la première fois que Vinicius se retrouve au centre d’un scandale raciste. Depuis plusieurs saisons, il est régulièrement visé dans différents stades européens. Sa danse après un but, sa personnalité expressive et sa confiance sont souvent utilisées comme prétextes par certains pour justifier des réactions hostiles.

Pourquoi lui ?

Parce qu’il joue avec joie. Parce qu’il danse. Parce qu’il refuse de s’excuser d’être lui-même. Dans une société où certains attendent encore des joueurs noirs qu’ils soient silencieux et dociles, l’affirmation de soi devient, pour eux, une provocation. Mais célébrer sa réussite n’est pas une faute ; au contraire, c’est une affirmation d’humanité.

Vinicius représente une nouvelle génération de joueurs noirs qui refusent de normaliser l’abus et de rester silencieux face aux insultes. En dénonçant publiquement ces actes, il ne cherche pas seulement justice pour lui-même, mais pour tous ceux qui subissent ces réalités dans et hors des stades. Le problème n’est pas l’attitude du joueur. Le problème est la perception racialisée que certains projettent sur lui.

Une incohérence qui interpelle

Un phénomène troublant apparaît aussi sur les réseaux sociaux : certains supporters haïtiens, notamment fans de l’Argentine ou du FC Barcelone, semblent se réjouir des attaques subies par Vinicius. Il est essentiel d’aborder ce sujet avec nuance et responsabilité. Critiquer un joueur pour ses performances ou préférer un rival sportif est normal. Mais soyons sérieux : se réjouir d’un traitement raciste, ou minimiser sa gravité, révèle souvent une incompréhension profonde des dynamiques du racisme à l’international.

Pour une diaspora noire ayant elle-même une histoire marquée par la lutte contre l’oppression, ignorer ou banaliser ces actes interroge. Pourquoi certaines personnes issues de communautés historiquement marginalisées reproduisent-elles parfois des discours qui normalisent la discrimination ?

La réponse peut résider dans plusieurs facteurs : la rivalité footballistique poussée à l’extrême, une méconnaissance des réalités du racisme structurel en Europe, ou encore une internalisation de certains discours médiatiques. Mais l’ignorance ne doit pas devenir une excuse. Certains ne mesurent pas l’impact symbolique de ces attaques, ou considèrent qu’elles font « partie du jeu ». Cette incompréhension révèle un besoin urgent d’éducation collective, car le racisme n’est pas une expérience individuelle isolée. C’est un système global.

Au-delà du football : une bataille culturelle

Ce match n’est pas seulement un épisode sportif. C’est un miroir de nos sociétés.

D’un côté, un joueur talentueux, charismatique, qui incarne une fierté affirmée. De l’autre, des réactions hostiles révélant des tensions raciales persistantes. Vinicius ne représente pas seulement le Real Madrid. Il incarne une lutte plus large : celle de la dignité face au mépris.

Le football peut diviser, mais il peut aussi éduquer. Peut-être que la véritable victoire de cette soirée ne sera pas le score de 1-0, mais la prise de conscience collective que le racisme n’a pas sa place, ni sur un terrain, ni dans les tribunes, ni dans les discussions entre supporters.

Échange entre Jose Mourinho et Vini Jr alors que l’arbitre interrompt la rencontre. Photo: B/R Football

Au fond, la vraie question n’est pas seulement de savoir ce qui s’est passé sur le terrain, mais comment nous, en tant que supporters, communautés et observateurs, choisissons de réagir.

Le football peut être un outil d’ignorance ou un espace d’éveil. La différence dépend de nous. Mais cette responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les épaules des joueurs. À l’UEFA, les campagnes de communication ne suffisent plus. Sans actions fortes et des sanctions réelles, chaque incident renforce un sentiment d’impunité.

Messieurs de l’UEFA, combien d’incidents faudra-t-il encore avant de prendre des décisions fermes et concrètes ?

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