Jadis considérée comme le sanctuaire des intelligences supérieures, Jérémie est devenue en 2025, en « l’espace d’un cillement » pour parler comme Jacques Stephen Alexis, une véritable pétaudière. Comment sommes-nous tombés si bas, à l’heure où les autres pensent à alunir de nouveau ou à conquérir Mars ?
À qui la faute ?
Les réseaux sociaux tels que TikTok, Facebook, YouTube et WhatsApp sont-ils responsables de la descente aux enfers de cette ville au passé si glorieux et prospère ?
Ces nouveaux modes de communication se transforment actuellement en véritable tribunal populaire où l’on sacrifie souvent des innocents au bénéfice des vrais coupables. Les réseaux sociaux présentent certes, d’une part, de nombreux avantages pour ceux qui les utilisent à bon escient ; mais d’autre part, ils peuvent se révéler être des tonnes de TNT entre les mains d’utilisateurs malveillants ayant des comptes personnels à régler.
C’est dans ce contexte de règlement de comptes que Jérémie vit de nos jours, au rythme de scandales à répétition sur les réseaux sociaux, les uns plus fantaisistes et diffamatoires que les autres.
L’Église Catholique serait-elle en état de péché ?
Il y a environ un mois que la Sainte Église Catholique dans le diocèse de Jérémie a la fièvre. Sa température monte de jour en jour. Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter les pages de Facebook, TikTok ou YouTube pour voir à quel point l’Église est éclaboussée par l’affaire Pétuelle Siméon, une jeune infirmière qui accuse le curé de la cathédrale Saint-Louis de l’avoir abusée sexuellement pendant près d’une décennie.
Des allégations que le disciple du Christ a totalement démenties, se considérant plutôt victime de « flagellation » pour avoir aidé une personne qui était dans le plus grand besoin à un moment donné de sa vie.

Cette situation, vraiment dérangeante tant pour l’infirmière, le père que pour l’Église, nous fait penser à l’histoire de Jules César, profondément déçu de voir Brutus, qu’il considérait comme son fils, parmi ses assassins. C’est à ce moment fatidique qu’il se serait écrié : « Tu quoque mi fili » (Toi aussi mon fils), ou « toi aussi ma fille » dans ce contexte.
Sans vouloir entrer dans les détails de cette affaire qui fait battre avec frénésie l’aile conservatrice de l’Église Catholique, crise devenue depuis lors l’une des mamelles des pages des réseaux sociaux et le pain quotidien de la presse en général, n’est-il pas temps de se demander si ce n’est pas le moment idéal pour remettre en cause la question du célibat des prêtres au sein de la Sainte Église Catholique Romaine ?
Vol de terrain à Jérémie : un phénomène récent et récurrent
Les vols de terrains sont devenus un phénomène récurrent qui s’est développé tout récemment à Jérémie. C’est avec peine et désolation que beaucoup de propriétaires assistent, impuissants, à leur expulsion d’un bien qui leur est dévolu depuis des années, soit par achat, héritage ou succession. Le plus souvent, ces voleurs sont aidés dans leurs actes par des individus puissants de la ville qui leur assurent protection et impunité en échange de leur part. La plus grande victime de ce phénomène de spoliation foncière est la diaspora haïtienne.
Des groupes d’individus, ou même des professionnels dans le domaine foncier, peuvent sans gêne exploiter la situation des Haïtiens de la diaspora, simplement parce qu’ils ont le malheur d’être absents. Ces voleurs peuvent facilement s’approprier leur terre en s’appuyant sur de faux papiers fabriqués de toutes pièces par des notaires soudoyés, ou en tirant parti de la méconnaissance des lois haïtiennes par les Haïtiens du dehors.

Il est devenu courant de nos jours à Jérémie que des individus s’approprient illégalement les biens de la diaspora en exhibant de faux papiers, trouvant, qui pis est, des arpenteurs ou des notaires capables de leur délivrer des titres de propriété. La diaspora qui, malheureusement, ne peut pas être sur place pour assurer la protection de ses biens, est devenue une proie facile.
Quand parfois un membre de la diaspora décide enfin de recourir à la justice pour se réapproprier son bien volé, on retrouve les mêmes voleurs sur les réseaux sociaux, se faisant passer pour des victimes. Quelle indignité ! Quelle lâcheté !
Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’au-delà des apparences de ce méli-mélo médiatique, les voleurs, en recourant aux réseaux sociaux, cherchent à attirer l’attention ; mais malheureusement, cette attention se retourne toujours contre eux. Comment accepter que des membres de la diaspora, ayant investi tout leur avoir dans l’achat de terrains en Haïti en perspective de leur retraite, soient des cibles faciles pouvant se retrouver dépossédés de leurs biens sans recours juridique possible ?
Alex Dominique : entre impulsivité et hostilité
Dans le vieux différend qui semble l’opposer au maire de la ville, M. Onel Jacinthe, le jeune et fougueux Alex Dominique, qui nage souvent entre impulsivité et hostilité, a failli y laisser sa peau. N’eût été l’intervention rapide de Ralph Simon et de quelques autres bons samaritains de la ville qui ont eu le temps de le conduire en toute hâte à l’hôpital, le pire serait arrivé. Heureusement, les médecins lui ont prodigué des soins adaptés à son cas ; sinon l’irréparable se serait produit.
Dans une vidéo devenue virale sur WhatsApp et Facebook, il annonçait vouloir mettre fin à ses jours plutôt que d’aller en prison, puisqu’un mandat d’amener avait été décerné par le maire contre lui. Selon toute vraisemblance, il a eu le temps d’agir en conséquence en ingurgitant, dit-on, un breuvage qui s’apparentait à du poison.
Tout le scénario s’est déroulé sur les réseaux sociaux où le maire, sur WhatsApp, accusait Alex Dominique de vouloir coucher avec des femmes vulnérables avant de leur donner des kits scolaires qui leur étaient destinés. Des allégations qu’Alex a évidemment démenties.
Ce message émis sur WhatsApp a eu des conséquences graves, non seulement sur Alex Dominique qui a été renvoyé de l’ONG pour laquelle il travaillait, mais aussi sur toute la communauté, car l’organisation a dû fermer ses portes, créant ainsi un trou dans l’économie de la ville.
Face à une situation aussi triste, les citoyens se posent deux grandes questions : pourquoi l’État était-il obligé d’utiliser le couloir des réseaux sociaux pour régler une affaire si importante ? Et de son côté, Alex Dominique n’est-il pas victime du Karma, principe divin de cause à effet, parce que lui aussi, pour régler ses comptes avec quiconque, utilise toujours le même procédé ?
Les réseaux sociaux sont devenus une arme à double tranchant. Si on continue à mal les utiliser, on finira par payer les pots cassés. On assassine à Port-au-Prince avec des armes, on ne devrait pas guillotiner à Jérémie avec la langue et sur les réseaux sociaux. Si l’on essayait de redresser la guillotine sur les réseaux sociaux, les pavés se soulèveraient.
Comment une ville qui a produit des Vilaire, des Roumer, des Brierre, des Maurice Léonce, des Fignolé, des Louis Jean Divers, des Almaye Dorestant, des Francisque Mayas, des Riquet Dorimain, des Janin Léonidas, des Even Wesh, des Nicolson Jourdan, des Yvon Janvier et des Johel Dominique a-t-elle pu décrocher aussi vite pour plonger inexorablement dans ces abysses ?


