Opération américaine au Venezuela et capture de Maduro : faits, racines et enjeux mondiaux

Dans la nuit du 3 janvier 2026, les États-Unis ont lancé une opération militaire majeure contre le Venezuela, aboutissant à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores, selon l’annonce du président américain Donald Trump. Les forces américaines ont mené des frappes ciblées près de Caracas et dans d’autres régions du pays, avant d’exfiltrer Maduro hors du territoire vénézuélien.

Les autorités américaines affirment que le couple présidentiel sera jugé pour trafic de drogue et « narco-terrorisme » devant des tribunaux fédéraux. Donald Trump a déclaré que les États-Unis dirigeraient temporairement le Venezuela jusqu’à une transition « sûre, appropriée et judicieuse », n’excluant pas une présence militaire accrue si nécessaire. Il a également souligné l’importance stratégique du secteur pétrolier, évoquant l’implication prochaine des grandes compagnies américaines dans la reconstruction des infrastructures énergétiques.

De son côté, le gouvernement vénézuélien a qualifié l’opération de « très grave agression militaire » et dénoncé une violation flagrante de sa souveraineté, déclarant l’état d’urgence et appelant à la mobilisation générale.

Contexte historique : De Chávez à l’effondrement économique

Le Venezuela a longtemps été l’un des pays les plus prospères d’Amérique latine grâce à ses immenses réserves d’or noir. Sous Hugo Chávez (1999-2013), le pays a adopté une politique « bolivarienne », nationalisant les ressources et créant un État ultra-dépendant de la rente pétrolière. Cependant, la gestion hasardeuse, la chute des cours du brut et une corruption endémique ont précipité le pays dans l’hyperinflation, les pénuries chroniques et une crise migratoire majeure.

Nicolás Maduro a été élu en 2013, après la mort de son mentor Hugo Chávez © GETTY IMAGES

Nicolás Maduro, successeur de Chávez, a poursuivi cette trajectoire. Ses réélections successives, vivement contestées par l’opposition et une partie de la communauté internationale, ont été entachées d’accusations de fraude et d’opacité. L’économie, asphyxiée par les sanctions et l’effritement de la production pétrolière, s’est totalement effondrée.

La doctrine Monroe et l’héritage géopolitique

Pour saisir la dynamique actuelle, il faut remonter à la Doctrine Monroe (1823), principe fondateur selon lequel l’hémisphère occidental constitue la sphère d’influence naturelle des États-Unis. Au fil des décennies, ce principe a souvent justifié diverses interventions en Amérique latine, critiquées comme des formes d’ingérence ou d’impérialisme.

Dans cette crise, de nombreux analystes voient l’application d’un « corollaire moderne » de cette doctrine : la revendication par Washington d’un droit de regard quasi-exclusif sur les affaires sécuritaires et économiques du continent. Une stratégie perçue comme une tentative de verrouiller l’accès aux ressources énergétiques face aux ambitions de rivaux systémiques comme la Russie ou la Chine.

Pourquoi agir maintenant ?

Selon l’administration Trump, l’objectif était de neutraliser un chef d’État accusé de diriger un cartel de stupéfiants et de soutenir des organisations terroristes. Cette action fait suite à des mois de pression, de sanctions économiques et de blocages navals. Washington justifie cette intervention par le fait que la dérive antidémocratique du Venezuela et son rôle supposé dans le trafic de drogue constituaient une menace directe pour la sécurité nationale américaine.

Des flammes et un gros panache de fumée s’échappent de Fuerte Tiuna, plus grande base militaire vénézuélienne, à Caracas, samedi 3 janvier. ©AFP

L’opération a provoqué une onde de choc diplomatique :

  • Russie et Chine ont condamné une « agression armée » et une violation du droit international.
  • L’Union européenne et plusieurs pays d’Amérique latine (dont le Brésil et le Mexique) ont appelé à la désescalade.
  • La Colombie, voisine immédiate, s’inquiète d’une aggravation dramatique de la crise migratoire.
  • L’opposition vénézuélienne, par la voix de María Corina Machado, a quant à elle salué l’opération comme une opportunité unique de transition politique.

Le double standard : une géométrie variable ?

Un point central du débat médiatique réside dans le traitement différencié des interventions étrangères. Lorsque la Russie ou la Chine mènent des opérations militaires, les violations de souveraineté sont unanimement condamnées par l’Occident. Pourtant, cette attaque américaine, bien que massive, suscite chez certains alliés des réactions prudentes, voire mitigées. Cette perception sélective interroge l’universalité des normes internationales : pourquoi certains actes sont-ils qualifiés d’agression illégale quand d’autres sont tolérés au nom de la sécurité nationale ?

Vers un nouvel ordre ou un dangereux précédent ?

Sur le plan régional, cette crise risque de redessiner les alliances. Certains pays pourraient durcir leur opposition à Washington, se tournant davantage vers Moscou ou Pékin. Sur le plan global, l’opération pose un dilemme crucial : le respect absolu de la souveraineté contre la légitimité d’actions unilatérales sans mandat de l’ONU.

La Colombie renforce sa frontière avec le Venezuela après l’intervention américaine.  © Raul ARBOLEDA / AFP

L’argumentaire américain repose sur deux piliers : la sécurité (agir avant que la menace du narco-terrorisme n’atteigne le sol américain) et la démocratie (un régime qui se maintient par la force perd sa légitimité). Mais cette justification ouvre la boîte de Pandore : qui décide qu’une démocratie est morte ? Si la protection des frontières justifie le renversement d’un gouvernement étranger, aucun État n’est à l’abri. La démocratie risque alors de devenir un concept conditionnel, validé ou invalidé par la puissance dominante du moment.

Le spectre du 7 juillet 2021

Au-delà de l’analyse géopolitique, cette irruption brutale de forces étrangères dans un palais présidentiel réveille, dans la Caraïbe, un souvenir douloureux et récent. Cette histoire ne nous rappelle-t-elle pas le 7 juillet 2021 ?

Ce jour-là, en Haïti, le président Jovenel Moïse était assassiné chez lui par un commando étranger, plongeant le pays dans l’inconnu. Si les contextes diffèrent, la méthode et le résultat, la décapitation soudaine d’un exécutif par une force extérieure, résonnent comme un avertissement. Le Venezuela s’apprête-t-il à traverser le même chaos institutionnel ?

À suivre.

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