« Le pays d’abord, le peuple ensuite et vous à la fin » : une déclaration de l’ancien sénateur Andris Riché à s’approprier

Alors que le pays traverse une période d’incertitude et de fragilité, Andris Riché, ancien sénateur de la Grand’Anse et ancien président du Sénat de la République, affaibli par la maladie et le poids de l’âge, s’est exprimé depuis son lit d’hôpital. Il a formulé ses vœux à la nation à travers cette phrase forte : « Le pays d’abord, le peuple ensuite et vous à la fin ».

À première vue, cette déclaration s’inscrit dans une rhétorique classique du patriotisme, où l’intérêt général est placé au-dessus des intérêts particuliers. Mais au-delà de son apparente simplicité, cette phrase mérite une lecture attentive, tant elle révèle une certaine conception du pouvoir, de l’engagement citoyen et du bien commun.

Le début de l’an nouveau : entre espérance et examen de conscience

Comme je l’ai souligné dans mon précédent article intitulé « Faut-il encore se souhaiter une bonne année ? », dans lequel je proposais une réflexion sur le sens des vœux, cette pratique ne saurait être réduite à une formalité creuse, destinée à induire en erreur ou à encourager la résignation.

Paru sur Explicite NET le 2 janvier 2026.

Traditionnellement, les vœux authentiques, enracinés dans la gravité de la situation, sont porteurs d’espérance, de réconciliation et de projection vers l’avenir. Dans ce contexte, la déclaration de l’ancien sénateur peut être comprise comme une invitation à un examen de conscience collectif. Elle rappelle que la reconstruction du pays exige, plus que des promesses fallacieuses, une hiérarchie claire des priorités, où l’intérêt national et le bien du peuple priment sur toute considération individuelle.

« Le pays d’abord » : appel au dépassement de soi pour la primauté de l’intérêt national

L’affirmation « le pays d’abord », prononcée par un homme ayant exercé le pouvoir et s’exprimant désormais depuis un lieu de vulnérabilité, dépasse le simple slogan politique pour prendre la forme d’une interpellation morale. Elle invite à un recentrage des consciences et à un retour à l’essentiel, dans un contexte où l’action publique est trop souvent perçue comme un espace de rivalités, d’intérêts personnels et de calculs à court terme. À travers cette vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l’ancien sénateur suggère que la société haïtienne souffre d’un déficit de conscience civique.

Dire « le pays d’abord », c’est rappeler que l’État et les fonctions politiques ne sont ni des propriétés privées ni des instruments de prestige, mais des charges temporaires confiées à des filles et fils du pays pour le servir avec patriotisme. Affirmer cette primauté, c’est implicitement dénoncer les pratiques qui ont contribué à l’affaiblissement des institutions, à l’accaparement des ressources et à l’instrumentalisation de la misère.

Mettre le pays d’abord ne signifie pas nier les conflits ni exiger une obéissance aveugle. Cela suppose plutôt un changement de posture. C’est une invitation à penser l’action politique dans la durée, au-delà de l’urgence et de l’émotion. C’est accepter que le salut national passe par des choix difficiles, mais nécessaires, et par une fidélité au bien commun qui transcende les intérêts immédiats.

« Le peuple ensuite » : rappel de la finalité de l’action politique

La mention explicite du peuple rappelle une vérité fondamentale : le pays n’est pas une abstraction désincarnée. Il se compose d’hommes et de femmes concrets, porteurs d’histoires, de souffrances, d’espérances et de droits. Dire « le peuple ensuite » ne signifie donc pas reléguer les citoyens au second plan, mais souligner que l’action politique doit toujours être orientée vers leur bien. C’est un renvoi à une vision durable du bien commun.

Andris Riché : l’ancien sénateur s’adresse à la population depuis son lit d’hôpital.

En Haïti, où une grande partie de la population vit dans la précarité, cette partie de la déclaration résonne comme un rappel de la responsabilité sociale de l’État. Le peuple n’est pas une masse anonyme à mobiliser dans les discours, mais le véritable destinataire des politiques publiques. L’intérêt du pays ne prend sens que s’il se traduit par des conditions de vie plus dignes, plus justes et plus sûres.

« Vous à la fin » : interpellation adressée aux citoyens engagés

Le « vous à la fin » constitue sans doute l’élément le plus délicat et le plus sensible de la déclaration. Il s’adresse à celles et ceux qui continuent de se battre pour le pays : militants, acteurs sociaux, leaders d’opinion, citoyens mobilisés. Loin d’être une disqualification de l’engagement, cette formule s’inscrit comme une interpellation morale directe, exigeante, voire inconfortable.

Placés « à la fin », les citoyens engagés sont invités à interroger leurs propres motivations. Le message implicite est clair : se battre pour le pays ne suffit pas ; il faut se demander sans cesse si ce combat est réellement orienté vers le bien commun ou s’il est parasité par des ambitions de pouvoir, des désirs de reconnaissance ou des calculs partisans. Dans cette perspective, le « vous à la fin » devient un appel à la purification de l’engagement.

Une déclaration marquée par la vulnérabilité

Le fait que le sénateur Riché se soit exprimé depuis un lit d’hôpital confère à son message une portée singulière. La vulnérabilité du corps contraste avec la fermeté des mots, rappelant la fragilité de la vie, mais aussi celle des institutions. Le peuple haïtien est invité à recevoir ce message non comme une injonction autoritaire, mais comme une sagesse née de l’épreuve.

Mettre le pays et le peuple avant soi est une exigence morale élevée. Cette déclaration ne deviendra crédible et féconde que si elle est partagée par tous, incarnée dans les pratiques politiques et traduite en actions concrètes. À défaut, elle restera une parole forte, mais solitaire, dans un pays qui a urgemment besoin de cohérence et du rétablissement de l’autorité de l’État pour redonner vie à l’espérance populaire.

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