Kay Madan Loulou : mémoire vivante de mon enfance à Jérémie

Ancien élève de l’École Nouvelle de Lamenais, je rends hommage aujourd’hui à celle que toute une génération appelait affectueusement “Kay Madan Loulou”. Plus qu’une directrice, elle fut une éducatrice d’exception, une bâtisseuse de consciences et une figure marquante de l’histoire éducative de Jérémie.

Il est des lieux qui ne s’effacent jamais de la mémoire. Des voix, des regards, des gestes qui continuent de résonner malgré les années. Pour moi, et pour tant d’autres enfants devenus adultes, “Kay Madan Loulou” n’était pas seulement une école : c’était le premier monde structuré que nous avons appris à habiter.

À Jérémie, l’École Nouvelle de Lamenais occupait une place singulière. Derrière ses murs se trouvait une femme au caractère affirmé, au regard perçant, mais au cœur profondément attaché à la réussite de ses élèves : Madame Loulou.

L’école d’antan

Je me souviens des matinées où, en uniforme soigneusement repassé, je franchissais le seuil de l’école avec une certaine appréhension mêlée d’admiration. Rien n’était laissé au hasard. La discipline était une règle sacrée. Les rangs étaient droits. Les salutations respectueuses. Les cahiers bien tenus.

Madame Loulou incarnait l’autorité. Sa présence imposait le silence. Mais derrière cette rigueur se cachait une vision claire : nous préparer à affronter l’avenir avec confiance et droiture.

L’ancienne maison d’école de la Nouvelle de Lamennais (rue Mgr Beaugé/Jérémie-Haïti). Une rénovation réussie qui préserve la structure d’antan.

À une époque où le préscolaire était parfois perçu comme secondaire, elle avait compris que tout commence là. L’apprentissage des lettres, des chiffres, des premières récitations, des chants patriotiques, tout était soigneusement organisé pour forger des esprits attentifs et responsables.

Une vocation avant tout

Madame Loulou n’a pas simplement dirigé une école ; elle a incarné une mission. Très tôt, elle a compris que les premières années d’apprentissage déterminent la trajectoire future d’un enfant. Dans une société confrontée à de multiples défis socio-économiques, elle a fait du préscolaire un espace de structuration intellectuelle et morale. Sa vision était claire : former l’enfant avant qu’il ne soit confronté aux turbulences du monde.

Sous sa direction, l’École Nouvelle de Lamenais est devenue un laboratoire de discipline, d’éveil et de rigueur pédagogique. Les matinées y commençaient dans l’ordre, les uniformes impeccables, les cahiers soigneusement couverts. Mais derrière cette exigence se cachait une profonde affection pour chaque élève.

Une pédagogie enracinée dans les valeurs

Madame Loulou croyait fermement que l’éducation ne se limite pas à apprendre à lire et à compter. Elle insistait sur le respect de l’autorité, la ponctualité, la politesse, la propreté et le sens du collectif.

Un parent récupère une élève devant le tout nouveau bâtiment de l’école, sur la route de l’Aéroport, au niveau de « Nan Lundy ».

À travers chants, récitations, exercices d’écriture et activités manuelles, elle introduisait progressivement les enfants à la rigueur académique. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture était méthodique, progressif et exigeant. Plusieurs parents témoignent que leurs enfants, sortis de “Kay Madan Loulou”, entraient au primaire avec une avance notable.

Une femme d’engagement et de conviction

Diriger une école préscolaire dans une ville de province comme Jérémie demandait du courage. Les moyens étaient limités. Les défis nombreux. Pourtant, Madame Loulou ne renonçait jamais à l’exigence.

Elle croyait que chaque enfant, peu importe son origine sociale, méritait une base solide. Elle veillait personnellement à notre progression. Elle observait, corrigeait, encourageait.

Avec le recul, je comprends que ce que nous appelions autrefois “sévérité” était en réalité une profonde responsabilité. Elle savait que l’éducation est un levier de transformation sociale, et elle agissait en conséquence.

Un héritage qui nous accompagne

Aujourd’hui, en regardant le chemin parcouru, je mesure l’impact de ces premières années passées à “Kay Madan Loulou”. La discipline acquise, le respect appris, la confiance cultivée, tout cela porte son empreinte.

Fondée en 1961, l’école de la Nouvelle de Lamennais porte aujourd’hui le nom de « Au Monde des Petits »

Nombreux sont ceux qui, comme moi, ont commencé leur parcours scolaire dans cette école avant de poursuivre vers d’autres institutions de Jérémie et au-delà. Mais nos fondations, elles, ont été posées là. Madame Loulou a construit des générations.

Un hommage mérité

Rendre hommage à Madame Loulou, c’est reconnaître le rôle silencieux mais essentiel qu’elle a joué dans la formation intellectuelle et morale de notre communauté. Elle fait partie de ces femmes éducatrices qui, loin des projecteurs, ont façonné l’avenir d’une ville entière. Aujourd’hui encore, son nom évoque respect et gratitude.

Son œuvre demeure vivante dans nos parcours, dans nos réussites et dans la manière dont nous transmettons à notre tour les valeurs qu’elle nous a inculquées.

À Jérémie, son héritage dépasse les murs de l’école. Il est inscrit dans la mémoire collective.

Et moi, ancien élève de Kay Madan Loulou, je lui dis : Merci, Madame Loulou.

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