La prestation de Bad Bunny au Super Bowl a dépassé le simple cadre du divertissement pour s’imposer comme un acte politique fort, porté par la culture, l’identité et la mémoire collective des peuples d’Amérique latine. Sur l’une des scènes les plus médiatisées au monde, l’artiste portoricain a choisi de ne pas s’exprimer par des slogans, mais par des images, des gestes et des symboles profondément ancrés dans son histoire et celle des siens.
Dès les premières minutes, Bad Bunny marque une rupture avec les codes traditionnels de l’événement. En chantant majoritairement en espagnol, une langue souvent marginalisée dans l’espace public américain, il rappelle que des millions d’immigrants et de descendants d’immigrants sont des architectes à part entière de la nation. Ce choix linguistique s’érige en acte de résistance : il impose une visibilité latino assumée et refuse l’effacement culturel.

La scénographie vient appuyer ce propos. En intégrant des figurants dans des décors évoquant les plantations agricoles (champs de canne à sucre ou de bananes), l’artiste renvoie à l’histoire coloniale et ouvrière des Caraïbes. Ces tableaux rappellent des territoires longtemps exploités et réduits à leurs ressources, mais qui furent aussi des lieux de résistance, de survie et de dignité. Bad Bunny y revendique la fierté de ses origines, redonnant une valeur symbolique et esthétique à des espaces trop souvent associés à la pauvreté ou à l’invisibilité.

Un autre moment clé du spectacle met en scène un enfant assis devant un téléviseur, captivé par la performance. Bad Bunny s’approche alors pour lui remettre symboliquement son trophée. Cette image porte un message limpide : elle signale aux enfants issus de l’immigration que leurs rêves sont légitimes et que leur avenir ne saurait être circonscrit par leur origine sociale ou géographique. Dans un climat où les discours anti-immigration alimentent la peur et l’exclusion, ce geste devient un puissant acte de transmission et d’espoir.

Loin de livrer un discours politique frontal, Bad Bunny a privilégié une approche plus subtile, mais tout aussi percutante. À travers la mise en scène et la symbolique, il défend une vision inclusive de l’Amérique. En citant et en célébrant les différentes nations du continent, il a élargi la définition même du mot « Amérique », trop souvent réduit aux États-Unis, pour rappeler qu’elle englobe tout aussi pleinement l’Amérique latine, les Caraïbes et leurs diasporas.

