Ce mercredi marquait la Journée internationale de la jeunesse célébrée autour du thème « Des contextes différents, des aspirations communes ». Dans la cité des poètes, la réflexion a pris tout son sens. À l’initiative d’un collectif d’institutions et d’associations locales, dont ImpacTech, le Rotary Club, le CICED, les structures féministes Z’elles Fanm et Chand’Elles Haïti, une conférence-débat a eu lieu à Jérémie. « Être jeune en Haïti aujourd’hui : rester, partir ou agir ? », tel a été le thème de la causerie qui s’est tenue le 12 août dans l’avant-cour du centre d’enseignement technologique, ImpacTech.
D’entrée de jeu, c’est Madame Christina Lamarre qui a lancé les débats. En tant que maîtresse de cérémonie, elle a assuré l’animation, notamment par ses mots de bienvenue et ses précieux conseils. Après avoir invité l’assistance à se recueillir un instant, il fut temps pour elle de faire appel à M. Alex Dominique pour la mise en contexte de cet après-midi de réflexions et d’échanges. Face aux épreuves que traverse actuellement la République, la question cruciale destinée à l’auditoire a été posée par M. Dominique : « N ap rete ? Pati ? Oubyen n ap aji ? »

Entre-temps, Mme Lamarre a cédé sa place à la modératrice, Mme Geralda Sylvain. Cette dernière s’est empressée d’inviter les panélistes à rejoindre l’estrade : Vanessa Beauport, Maillard Magloire et Marcchender Barthelemy, respectivement coordonnatrice de Z’elles Fanm Ayiti, co-fondateur de Thrive Ansanm et PDG d’ImpacTech. Trois figures bien connues de la jeunesse locale.
La parole a ensuite été accordée à M. Magloire Maillard. Ancien stagiaire à l’ONU, il a discuté point par point avec l’assemblée composée de plusieurs dizaines de participants. Il a rappelé un rapport sur Haïti indiquant que 70 % des citoyens considèrent le pays comme une sorte de lieu de transit, tout en soulignant que si certains bénéficient d’un capital social légué par leurs parents, d’autres n’ont pas d’autre choix que d’émigrer. M. Magloire a également évoqué une autre étude montrant que plus de 6 millions d’Haïtiens font face à l’insécurité alimentaire.

D’après les propos de l’intervenant, sa plus grande crainte est de voir la solidarité et la confiance s’effriter à petit feu au sein de la population. L’humanitaire a tout de suite mentionné le traditionnel « konbit » dans les milieux ruraux, un modèle d’entraide aujourd’hui presque disparu, avant d’aborder le clivage social dénoncé par Anténor Firmin, illustre auteur et ancien ministre haitien. Le co-fondateur de Thrive Ansanm n’a pas hésité à encourager la relève à oser et à faire preuve d’empathie envers autrui.
De son côté, Mme Vanessa Beauport a exhorté le public à toujours cultiver une vision. « Il faut rêver : dans 5 ou 10 ans, comment vous voyez-vous ? Il faut aussi vous demander quelle contribution vous pouvez apporter pour un meilleur Haïti demain », a-t-elle lancé. Pour elle, la jeunesse se définit par la capacité à transformer ses compétences en œuvres utiles et, par la même occasion, en revenus ; c’est savoir exploiter ses atouts pour fournir des solutions à des problèmes spécifiques. Elle a invité son auditoire à ne pas se laisser décourager par les obstacles et les portes fermées.

Intervenu en dernier, Marc Chender Barthelemy a reconnu que la conjoncture nationale est très critique, tout en nuançant le fait que s’exiler n’est pas toujours l’issue idéale. Il s’est servi de cet exemple afin de témoigner du rôle de l’institution qu’il dirige et de l’influence que celle-ci génère dans la communauté. M. Barthelemy considère cette empreinte comme un véritable héritage et croit fermement que la nouvelle génération peut tirer parti de l’impasse actuelle pour en faire jaillir du positif. Le panéliste a exigé de son public la prise d’initiatives concrètes, en misant sur leurs aptitudes personnelles afin de s’épanouir tout en aidant leur prochain.

Pour couronner cet événement, la conférence a été suivie d’une séance de questions-réponses entre les participants et les intervenants. Cet espace a donné lieu à de fructueux dialogues ainsi qu’à un enrichissant transfert d’expériences et de savoirs.

La soirée s’est achevée dans une ambiance festive ; les convives ont dégusté du pop-corn et des frescos au rythme des chants et des danses.

