Exaspérés par les retards de paiement, les disparités salariales et le non-respect des promesses de cartes de débit, des enseignants ont assiégé, le mercredi 9 avril 2026, les locaux du complexe administratif de Jérémie. En marge de ce climat de tension, l’installation de l’inspecteur Newton Germain, qui devait remplacer M. Jean Bart à la direction départementale de l’éducation, a été reportée à une date ultérieure.
Initialement prévue à 13 heures dans l’amphithéâtre du complexe, la cérémonie n’a pu avoir lieu car la délégation officielle venant de Port-au-Prince n’a pas pu rejoindre la ville. Pendant ce temps, la crise s’intensifie dans le département. La mobilisation des enseignants persiste et installe un climat d’incertitude chez les parents et les élèves, au point de paralyser le fonctionnement normal du bureau régional du MENFP.
L’interrogation devient de plus en plus pressante dans la Grand’Anse : quand la grève des enseignants prendra-t-elle fin ? Depuis plusieurs semaines, les établissements scolaires publics fonctionnent au ralenti, voire restent complètement paralysés dans certaines communes du département.

À l’origine de cette situation, on retrouve un ensemble de revendications portées par les professionnels de la craie. Ces derniers dénoncent des conditions de travail précaires et des engagements non respectés par l’État. Ils réclament notamment l’application stricte de l’accord du 20 janvier 2025 signé par l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Antoine Augustin : un ajustement salarial, le paiement régulier des salaires, l’alignement salarial pour les enseignants du premier et du deuxième cycle fondamental, etc.
Malgré la multiplication des actions de protestation, incluant des manifestations et l’occupation du bureau régional du MENFP, les autorités tardent à répondre de manière concrète. Ce silence renforce la détermination des enseignants à maintenir leur mouvement de grève.
« Nous ne reprendrons pas les cours sans garanties sérieuses », confie un enseignant gréviste. Sur le terrain, la mobilisation reste forte, traduisant une lassitude profonde face à des promesses jugées répétitives et inefficaces.

Pendant ce temps, les conséquences de la grève se font lourdement sentir. Professeurs, élèves, parents et membres de la société civile s’accusent mutuellement. Les élèves des écoles publiques accumulent des retards importants dans le programme scolaire, tandis que les parents s’inquiètent de l’avenir académique de leurs enfants et de la tenue des examens officiels.
L’État ne peut continuer à se dérober. Gouverner, c’est anticiper, dialoguer et agir. Or, dans ce dossier, tout semble indiquer une absence de volonté politique réelle. Il ne s’agit plus seulement de répondre à des revendications, mais de préserver la crédibilité du système éducatif. La fin de cette crise dépend d’une chose simple : la capacité des autorités à poser des actes concrets. Pas des promesses, mais des décisions. Le temps de l’attente semble révolu.
À ce jour, l’issue demeure incertaine. Aucune annonce officielle ne permet de prévoir la fin de la grève dans la Grand’Anse. L’installation d’un nouveau directeur départemental permettra-t-elle de trouver un accord avec les protestataires ? La situation stagne, laissant planer une incertitude persistante sur la reprise effective des cours. La crise actuelle dans la Grand’Anse reflète un malaise plus profond à l’échelle nationale. L’ignorer, c’est prendre le risque d’un affaiblissement durable du système éducatif haïtien. Et sans école, il n’y a ni avenir ni nation.

