Après plus de dix ans sans grand défilé, Jérémie a renoué cette année avec l’une des expressions culturelles les plus vibrantes du pays. Ce retour, espéré de longue date par la population, a transformé les rues de la Cité des Poètes en une scène effervescente où se mêlaient créativité débridée, mémoire collective et fierté nationale.
Une explosion visuelle signée par des talents d’exception
L’éclat particulier de cette édition repose sur une “nouveauté de couleur” et une richesse artistique indéniable, fruit du travail acharné de créateurs passionnés. Ce renouveau esthétique porte la signature d’artisans et d’artistes qui ont su marier haute couture et arts plastiques.


L’élégance des costumes et la finesse des chars sont à mettre au crédit d’ateliers de couture d’excellence tels que : Les Créations et Arts de Garly de Mme Dupoux, ElisaCass Création et Atelier Arnelle L Arts et haute couture. Parallèlement, la direction artistique et visuelle a bénéficié de la touche magistrale de peintres venus de divers horizons, créant un véritable pont culturel. On retrouve ainsi les talents locaux de Jérémie, Mackenson Lizaire, Cherwood Juste et Davidson Lizaire, travaillant en harmonie avec leurs confrères de Port-au-Prince, Duckenson Pierre et Exumer Felder. Ensemble, ils ont offert une identité visuelle unique à ce carnaval.
Entre hommage local et fierté nationale
Grâce à ces créateurs, les costumes ont constitué l’un des éléments centraux du défilé. Plusieurs créations rendaient un hommage vibrant à Ti Amélie, figure populaire locale, ainsi qu’à l’emblématique Église Saint-Louis de Jérémie. À travers ces designs audacieux, les carnavaliers ont mis en avant des repères historiques forts, transformant le parcours en un espace de valorisation du patrimoine grand’anselais.

La dimension nationale n’était pas en reste. Des costumes ornés du bicolore haïtien, de terrains stylisés et de ballons de football visaient à saluer la qualification historique des Grenadiers pour la Coupe du monde 2026. Cet événement sportif majeur est perçu ici comme une source d’espoir et de cohésion, particulièrement précieuse dans le contexte actuel.
Spiritualité et racines
Par ailleurs, certaines reines carnavalesques ont arboré des tenues inspirées du mysticisme haïtien, avec des représentations de sirènes et d’Erzulie Freda, honorant ainsi les divinités du panthéon vodou. Ces choix esthétiques ont permis de mettre en lumière une spiritualité profondément ancrée dans la culture haïtienne, souvent marginalisée, mais ici célébrée avec faste.
Jérémie, nouveau pôle culturel
Ce carnaval revêt une importance stratégique pour la ville. Ces dernières années, alors que les projecteurs étaient braqués sur Port-au-Prince, Jacmel, Les Cayes ou le Cap-Haïtien, la Grand’Anse se sentait souvent laissée pour compte. Cette année, les Jérémiens ont pris leur revanche avec brio.

À travers l’organisation des chars, la mobilisation des groupes et l’engouement populaire, Jérémie a démontré sa capacité à accueillir un événement d’envergure, n’ayant rien à envier aux villes réputées pour leurs traditions carnavalesques comme Jacmel. Ce retour en force s’impose comme un signal fort en faveur de la décentralisation culturelle, prouvant que la Cité des Poètes est prête à reprendre sa place sur la carte culturelle d’Haïti.

