Aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026, l’équipe haïtienne marque les esprits avec des tenues transcendant leur simple fonction sportive pour devenir de véritables œuvres d’art. Conçus par la créatrice italo-haïtienne Stella Jean, en collaboration avec Pietro Vitalini, ces uniformes se distinguent par une approche inédite : entièrement peints à la main, ils constituent une exception notable au sein de la compétition.
Les motifs qui habillent ces pièces puisent leur force dans l’univers visuel d’Édouard Duval-Carrié, figure majeure de l’art contemporain caribéen. À travers ces références picturales, les uniformes convoquent l’histoire, la spiritualité et l’imaginaire haïtiens. Certains éléments symboliques, tels que le cheval rouge, initialement associé à la figure de Toussaint Louverture, incarnent la résistance, la liberté et la résilience d’un peuple dont la mémoire s’inscrit ici sur le textile.

Ce projet s’ancre pleinement dans la démarche artistique et politique de Stella Jean. Née le 17 juin 1979 à Rome d’une mère haïtienne et d’un père italien, elle est aujourd’hui reconnue comme la première styliste italienne noire à s’être imposée sur la scène internationale. Installée à Rome, elle est souvent présentée comme une protégée de Giorgio Armani, dont elle a su gagner l’estime dès ses débuts.
Son travail se caractérise par une fusion maîtrisée entre la confection italienne classique et des influences africaines et caribéennes. Révélée au grand public lors du concours Who Is On Next de Vogue Italie en 2011 (où elle obtient la deuxième place), Stella Jean voit sa carrière s’accélérer dès 2013, lorsque Armani l’invite à défiler au Teatro Armani durant la Fashion Week de Milan. Elle collabore par la suite avec Christian Louboutin, développe une ligne masculine et s’engage, dès 2014, pour une mode éthique en partenariat avec l’initiative Ethical Fashion de l’ONUDI.

Désignée en 2019 par le New York Times comme l’une des designers les plus convaincantes de sa génération, Stella Jean conçoit la mode comme un espace de dialogue culturel et de responsabilité sociale. À Milano Cortina 2026, son œuvre prouve avec force que l’uniforme olympique peut être vecteur de mémoire et d’affirmation identitaire. Haïti n’y apparaît pas seulement comme une nation participante, mais comme une voix culturelle puissante, faisant résonner son histoire jusque dans les paysages enneigés des Jeux d’hiver.

