In memoriam Guilou Nazaire, un homme debout

Mesdames, Messieurs, Famille et Amis du défunt,

Nous sommes réunis aujourd’hui, le cœur lourd, pour rendre hommage à un homme, un ami, un frère, un condisciple : Guilou Nazaire. Né le 29 juillet 1976, il a été arraché brutalement à la vie à Port-au-Prince le 5 janvier 2026. Guilou, ce n’était pas seulement un nom. C’était une présence. Une voix forte. Une énergie débordante. Un esprit libre.

Nous avons partagé les bancs de l’école primaire chez les Frères Paulin à Jérémie. Déjà à l’époque, Guilou était ce qu’on appelle un élève au physique robuste : vif, audacieux, toujours prêt à questionner les règles, non pas par méchanceté, mais par soif de liberté et de justice.

Il n’avait peur ni de défendre sa place dans la cour de l’école ni, plus tard à l’âge adulte, de défendre ses amis. À l’école des Frères Paulin, il craignait ironiquement une seule personne, pourtant frêle : le gérant de l’école, que tout le monde surnommait « Miyanman Ble ». Ce personnage, peu aimé et souvent moqué, était la cible favorite des élèves, et Guilou, avec son esprit frondeur, n’était jamais loin lorsqu’il s’agissait de le taquiner.

Mais derrière ces rires se cachait un garçon au cœur immense, loyal et profondément humain. Jusqu’à ce jour, la génération des années 90 des Frères Paulin se demande encore pourquoi la valise de Guilou était toujours plus lourde que la nôtre, alors que nous avions tous la même quantité de livres et de matériel scolaire.

Ancien scout, Guilou s’est toujours fait remarquer par son dévouement, sa discipline, et la démarche fière avec laquelle il marchait au rythme des cymbales et des tambours, notamment lors de la Fête du Drapeau ou des célébrations scoutes.

Il y a un peu plus d’un an, l’un d’entre nous a créé un groupe sur la plateforme WhatsApp, dans le seul but de réunir les anciens camarades de classe des Frères Paulin. Sur les 32 élèves, nous avons pu en joindre 30. Guilou était l’un des membres les plus actifs.

Chaque matin, il nous saluait. Et le matin même de son assassinat, il nous a tous écrit : « Mesye, m espere nou anfòm. Pase yon bon jounen. »

Malheureusement, sa journée s’est terminée tragiquement. Il n’a pas pu passer cette “bonne journée”. Nous espérons que là où il se trouve désormais, ses journées seront plus belles que les 18 045 journées que le Grand Paraclet par excellence lui a permis de vivre sur cette terre, que l’homme s’acharne trop souvent à rendre invivable.

La vie a ensuite suivi son cours. Et Guilou est devenu un homme. Un époux. Un père.

Le 30 décembre 2024, il a dit oui à la femme de sa vie. À peine un an plus tard, elle se retrouve veuve, tenant dans ses bras deux enfants qui demanderont un jour : « Qui était notre père ? »

Et nous leur répondrons : C’était un homme debout. Un homme courageux. Un homme aimé.

Aujourd’hui, nous adressons nos plus sincères condoléances à son épouse, à ses enfants, à toute la famille Nazaire, à ses camarades de classe, à ses amis, et à tous ceux et celles qui ont connu et apprécié Guilou Nazaire.

Sa mort est une blessure de plus dans une Haïti déjà meurtrie. Mais sa mémoire, elle, ne sera jamais assassinée.

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