Un « post », une réflexion maladroite de TI KOZE AK LYNN, de son vrai nom Wedlyne ALEXANDRE, sur Ernest Muscadin, l’exécuteur des présumés membres de gangs depuis son fief à Miragoâne, et voilà les réseaux sociaux qui s’enflamment d’indignation. L’attention se détourne vers un autre « buzz » dont l’imaginaire haïtien raffole.
Pour intensifier le cocktail, un autre « influenceur » choisit à dessein de réaliser un sondage à visée électoraliste, entre l’homme de Miragoâne et d’autres figures intellectuelles du pays. Sans surprise, selon les pourcentages fournis par celui derrière ce sondage, Muscadin serait le grand gagnant. Alors les cris d’indignation provoqués par les remarques de « Lynn » se transformèrent en cris de triomphe sur la toile ! Il n’a pas fallu longtemps pour que, grâce aux IA, Muscadin soit affublé de l’apparat présidentiel et même d’une couronne. Et son nom est immédiatement projeté comme potentiel candidat aux élections envisagées par le CPT dont le mandat expire en février 2026.
Au-delà des apparences de ce tumulte médiatique, une vérité sociologique éclate, de Duvalier au tandem Aristide-Préval jusqu’au duo Martelly-Jovenel Moïse, l’électorat haïtien a toujours été séduit par les outsiders, les antisystèmes.
A recherche de quelques repères électoraux
L’euphorie lavalassienne des années 90 illustre déjà la thèse soutenue ici. Son géniteur, le prêtre des pauvres, Jan Bertrand Aristide, un homme hors du système, a été porté au pouvoir notamment par les « masses des bidonvilles », des exclus, des laissés pour compte[1]. Pourtant, il deviendra par la suite l’homme à abattre. Ce qui nous a valu 2004. Une période de transition suivit jusqu’à l’élection, en 2006, de l’agronome René Préval.

Ceux de souches lavalasssiennes voyaient en lui l’alter ego de leur leader. Et pour les deux hommes on enregistra un taux de participation record aux élections, soit près de 60%. Le brillant et prolifique intellectuel qu’était Leslie François Manigat, l’homme du RDNP n’a pas pu rallier à sa cause les opprimés du système. Il perdit les élections à 12.40% des votes contre 51.21% pour son adversaire[2].
Janvier 2010, un séisme de magnitude 7 plonge Haïti dans le deuil, le chaos et la tourmente. Le gouvernement est impuissant. La communauté internationale, incluant une multitude d’ONG, accourt. Toutefois, l’aide humanitaire promise et attendue ne parvient pas pour l’essentiel aux véritables victimes, les masses déjà empêtrées dans la misère[3]. Ces populations estiment que la faute en est au système moribond, inefficace, complice des ONG et des acteurs internationaux peu conscients de leurs vrais besoins.
Pour exacerber leur drame, une épidémie de choléra apportée par les soldats népalais de la MINUSTAH, les étripe. Et comme ultime recours, ce peuple en colère et aux abois n’a d’autre choix que d’occuper le béton pour protester et revendiquer ses droits. Puis, en 2011, ce fut malgré tout l’heure des urnes. A titre de sanction contre l’élite, contre la réputée « belle tête d’intellectuelle », Mirlande Manigat, ce peuple, choisit sous la pression de certains acteurs internationaux, dont l’OEA[4], un ancien chanteur grivois à la suprématie de l’Etat, Joseph Michel Martelly. N’empêche que le taux de participation chuta[5] considérablement, soit 22,8%, par rapport aux élections passées.

Cette chute persista[6] jusqu’aux élections de novembre 2016, pour varier entre 18 et 21%. C’est la période post cyclone Matthew où la population, plongée dans ses souffrances comme en 2010, ne s’était pas encore relevée de ses pertes considérables.

Fatigué des discours, des promesses creuses d’un système qui le marginalise, le paysan se retrouvait dans l’un des candidats, encore un outsider. Donc rien de surprenant d’entendre ce paysan fredonner avec allégresse sur un rythme rara : « Banm Nèg Bannann nan ! ». Il faisait ainsi allusion à l’emblème et à celui qu’il choisira comme futur président d’Haïti, Jovenel Moïse. Il allait être assassiné en Juillet 2021. Depuis, c’est la débâcle. Le peuple haïtien se cherche tout en cherchant des repères, un leader ou à son habitude, un « messie ».

Ce survol rétrospectif de plus de trois décennies d’histoire électorale haïtienne, ponctuée de crises, d’exclusion, met en relief deux faits : le premier, la faible participation enregistrée à partir de 2010. L’explication la plus plausible est, par rapport à un système corrompu et qui privilégie le statu quo, la défiance (nous y reviendrons) d’une population dont les besoins, les droits fondamentaux sont restés trop longtemps insatisfaits. Et par voie de conséquence, second fait issu du premier, cette population, sans forcément développer une antipathie viscérale pour l’élite économique ou intellectuelle, se met en quête d’« outsiders » qu’il perçoit comme plus proches de lui et partant plus aptes à répondre à ses aspirations.
Les facteurs sociologiques comme réponses
En mars 2025, le bureau de communication des Nations Unies publiait le témoignage d’une jeune femme, travaillant dans l’humanitaire, qui invitait le monde à écouter « les voix des oubliés d’Haïti, qui crient dans le silence de la détresse[7] ». Elle traduisait ainsi le sentiment de la dénégation de ses droits fondamentaux développé par l’ensemble de la population haïtienne harassée, violée, kidnappée, massacrée depuis 2019 par les gangs armés. Cette population proclame à qui veut l’entendre que ses cris de détresse semblent toujours ne pas parvenir ni aux oreilles des élites dirigeantes, des élites bourgeoises, ni à celles de la communauté internationale.
- La précarité des services sociaux de base combinée à l’insécurité, sources de méfiance
La masse des exclus n’a pas confiance ni en l’Etat haïtien ni en ses élites. Et à cause de cela, le vote lui paraît un acte inutile. L’homme de la rue comme celui de la classe moyenne ont en effet le sentiment que « les élites ont créé une cité pour elles seules[8] ». Des élites qui, selon plusieurs observateurs, ont transformé Haïti en une « république de prédateurs »[9]. Pour toute préoccupation, ils s’engagent, révèle l’étude de Fatton Jr, dans une lutte violente pour conquérir tous les espaces de pouvoirs publics et avec eux tous les privilèges. Sinon, estime la population résignée, elle ne serait pas encore privée d’alimentation, de sécurité, de soins de santé, d’eau potable, d’électricité et autres services de base comme le confirment tous les rapports sur Haïti[10]. Or, c’est justement sur ces services immédiats qu’une population évalue les acteurs politiques, non sur des programmes abstraits noyés dans des discours fleuve, débités généralement en français, une langue qu’elle croit être utilisée pour son exclusion.
- L’insécurité planifiée et le créole comme langue de proximité
Et là nous revenons sur cette maladresse de la jeune Lynn et du débat qui s’en est suivi relatif à la langue, pour se transformer en une bataille créole vs. français, peuple vs élite, nèg anba vs. nèg anwo. A ce niveau, la population doit faire attention. Une manipulation se cache derrière ce tumulte médiatique. Duvalier avait utilisé la même stratégie à ses propres fins. Et cela nous a donné la dictature la plus féroce de notre histoire et avec elle Fort Dimanche[11] et les Vêpres jérémiennes[12].

Pour le cas qui nous intéresse ici, au-delà des échanges superficiels, le débat est plus profond. En effet, deux faits sociologiques y émergent. Le premier, le plus évident, l’insécurité qui s’est imprimé insidieusement dans l’inconscient collectif jusqu’à créer un état dépressif. Bien avant les gangs armés, le peuple haïtien avait déjà faim, mais il se débrouillait tant bien que mal pour survivre. Un peuple qui a toujours faim ne peut s’engager de manière consciente dans un processus de développement durable.
Depuis près d’une décennie, l’insécurité, dont il a conscience qu’elle est voulue, l’immobilise et lui enlève ce qu’il a de plus précieux, la vie, face à un Etat tantôt complice[13], tantôt impuissant. Par conséquent, tout homme, qu’il soit dans la légalité ou pas, qui permet à ce peuple de combattre le fléau des gangs armés, devient à ses yeux un être digne d’idolâtrie. Une attitude qui représente d’ailleurs un danger pour le respect des droits humains. En tant que peuple nous en avons fait déjà fait l’expérience à maintes reprises.
Le second fait touche à la notion de langue que la jeune dame n’aurait pas dû mentionner. Or chacun sait que Muscadin, dans toutes ses sorties, n’a toujours utilisé qu’une langue : le créole. Il l’a compris, cette façon de faire incarne la confiance, la proximité avec ceux qui souffrent. Alors que le français, à bien des égards est perçu en Haïti comme un signe de distance sociale.

Donc, sans pourtant valider les méthodes du Commissaire de Miragoâne, aux yeux de la population terrassée par les gangs, Muscadin donne des preuves avant des promesses. Dire alors de cet homme adulé par un peuple en souffrance, qu’il ne « parle aucune langue humaine », c’est l’assimiler aux yeux de ses partisans à un barbare, à « un citoyen de seconde classe »[14], comme eux. Les masses se sont identifiées spontanément à lui en tant qu’un outsider, un homme qui défie le système, qui se dresse contre ce système pour leur assurer un reste de dignité.
- L’ignorance d’un peuple exploitée pour perpétuer la pauvreté
Cette analyse, certes non exhaustive, ne saurait ne pas ternir compte du niveau d’éducation dans les facteurs influençant le choix de la population pour les hommes et femmes qui lui apparaissent antisystème. Les données de 2017, les plus récentes disponibles au niveau de la Banque Mondiale[15], situent le taux d’alphabétisation en Haïti entre 62 et 68%. Avec un pays caractérisé par l’instabilité politique et les activités criminelles des gangs armés, le pays est depuis lors en mode « lock[16] ». Ce n’est donc pas évident que des progrès pour éclairer le peuple aient été accomplis depuis cette année-là. Parmi les multiples désavantages pour un pays d’une telle situation, nous retiendrons trois.
De fait, un peuple dans cet état vulnérable, à l’ère du numérique offre premièrement une terrain propice à la manipulation, par des rumeurs, des fausses informations ; deuxièmement, le clientélisme, depuis les élections jusqu’au la gestion de la chose publique, trouve là un espace idéal pour s’installer. Ainsi s’amplifient l’inefficacité du système et l’exclusion de ceux-là même qui, à défaut de se voir refuser les services de base, ont opté pour des avantages immédiats, en « vendant » par exemple leurs voix en période électorale[17]. Et enfin, comme résultante de ces deux premiers méfaits et pour boucler le cycle, les inégalités s’accentuent pour alimenter davantage la méfiance et la polarisation des plus vulnérables, en particulier, les paysans et les masses bidonvillisées.
Cette analyse n’est pas une prise de position. En sçrutant la réalité sociologique haïtienne, elle a essayé plutôt de répondre à une question sur laquelle doit s’attarder tous ceux qui visent véritablement le bien-être collectif. Cette brève étude permet de retenir ce qui suit. Ce qui est en jeu est éloigné d’une opposition « masses vs élites », déterminée par l’instruction, comme des politiques ont tenté de le faire il n’y a pas trop longtemps en usant du slogan « Desalin pra l Kay Petion ». Au fait, dans un contexte d’institutions fragiles, l’attrait du peuple haïtien pour des leaders « anti-système », répond plutôt à sa demande de protection, de dignité et de résultats immédiats, tangibles et visibles.
Références
[1] Laurent Jalabert, « Un populisme de la misère : Haïti sous la présidence Aristide (1990-2004) », Amnis [En ligne], 5 | 2005, mis en ligne le 01 septembre 2005, consulté le 05 novembre 2025. URL : http://journals.openedition.org/amnis/1003 ; DOI : https://doi.org/10.4000/amnis.1003
[2] Élections générales haïtiennes de 2006 — Wikipédia
[3] Yvon Janvier, La Corruption dans l’aide Humanitaire en Haïti – Couleurs d’Ayiti
[4] Aude Massiot, Féderic Thomas, Haïti : « Les organisations internationales se substituent aux autorités »
CETRI, Octobre 2016, URL : https://www.cetri.be/Haiti-Les-organisations?lang=fr, consulté le 6 novembre 2025.
[5]Jake Johnston and Mark Weisbrot. Haiti’s Fatally Flawed Election, Center for Economic and Policy Research (CEPR), January 2011, consulté le 4 novmebre 2025
[6] Perspective Monde, URL: Haïti – Président – Élections 2016 | Perspective Monde, consulté le 6 novembre 2025
[7]Ungeneva.org, Témoignage – Les voix des oubliés d’Haïti qui « crient dans le silence de la détresse
https://news.un.org/feed/view/fr/story/2025/03/1153651, consulté le 4 novembre 2025
[8] Lyonel Trouillot, (Re) penser la citoyenneté, p. 50, Ed. HSI, 2001, Vol VIII
[9] Robert Fatton Jr, Haiti’s Predatory Republic:The Unending Transition to Democracy, Lynne Rienner Publishers, 2002, URL: Lynne Rienner Publishers | Haiti s Predatory Republic The Unending Transition to Democracy
[10] Banque Mondiale en Haïti, Haït Présentation, URL : https://www.banquemondiale.org/fr/country/haiti/overview, consulté le 6 novemre 2025
[11] Patrick Lemoine, Fort-Dimanche, Fort-la-Mort [nlle éd. revue et augmentée] / Patrick Lemoine. – Freeport (N.Y.) : Fordi 9, 2006. URL : http://www.vers-les-iles.fr/livres/ile_prison/Lemoine.html,consulté le 6 nov. 2025
[12] Devoir de Mémoire, Massacre de Jérémie 8 août-20 octobre 1964, URL : https://www.devoirdememoire.ht/vpres-de-jeremie, consulté le 7novembre 2025
[13] Harvard Law School International Human Rights Clinic Observatoire Haïtien des crimes contre l’humanité, Massacres cautionnés par l’Etat : règne de l’impunité en Haïti, Avril 2021, URL : https://hrp.law.harvard.edu/wp-content/uploads/2021/04/Massacres-cautionnes-par-lEtat-2.pdf, consulté en septembre 2022
[14] Lyonel Trouillot, Ibid., p.61
[15] Groupe de la Banque Mondiale, Taux d’alphabétisation, total des adultes (% des personnes âgées de 15 ans et plus) – Haiti | Data, consulté le 6 novembre 2025. A cette date, l’IHSI ne procure pas encore ces données. Il met le chercheur « en Attente ».
[16] Enock OCCILIEN, Pays lock: une nouvelle forme de résistance anti-systémique en Haïti, Le Nouvelliste, 4 nov. 2019, URL : https://lenouvelliste.com/article/208735/pays-lock-une-nouvelle-forme-de-resistance-anti-systemique-en-haiti, consulté le 7 novembre 2025.
[17] Nelson JEAN FRANCOIS, Vers une autre compréhension de l’affaire des 1000 gourdes lors des joutes électorales en Haïti, Le Nouvelliste, 29 mai 2020, URL : https://lenouvelliste.com/article/216432/vers-une-autre-comprehension-de-laffaire-des-1000-gourdes-lors-des-joutes-electorales-en-haiti, consulté le 7 nov. 2025
Sources
- Banque mondiale en Haïti. Haïti Présentation.
URL : https://www.banquemondiale.org/fr/country/haiti/overview. Consulté le 6 novembre 2025. - CETRI. Haïti : Les organisations internationales se substituent aux autorités. Octobre 2016.URL : https://www.cetri.be/Haiti-Les-organisations?lang=fr. Consulté le 6 novembre 2025.
- Devoir de Mémoire. Massacre de Jérémie, 8 août – 20 octobre 1964.
URL : https://www.devoirdememoire.ht/vpres-de-jeremie. Consulté le 7 novembre 2025. - Élections générales haïtiennes de 2006. Wikipédia.
- Fatton Jr, Robert. Haiti’s Predatory Republic : The Unending Transition to Democracy.
Lynne Rienner Publishers, 2002.
URL : https://www.rienner.com/title/Haitis_Predatory_Republic_The_Unending_Transition_to_Democracy - Groupe de la Banque mondiale. Taux d’alphabétisation, total des adultes (% des personnes âgées de 15 ans et plus) – Haïti | Data.
Consulté le 6 novembre 2025. (IHSI : données non encore disponibles, chercheur « en attente ».) - Harvard Law School International Human Rights Clinic et Observatoire Haïtien des crimes contre l’humanité.
Massacres cautionnés par l’État : règne de l’impunité en Haïti. Avril 2021.
URL : https://hrp.law.harvard.edu/wp-content/uploads/2021/04/Massacres-cautionnes-par-lEtat-2.pdf. Consulté en septembre 2022. - Jalabert, Laurent. Un populisme de la misère : Haïti sous la présidence Aristide (1990-2004).Amnis [En ligne], 5 | 2005, mis en ligne le 1ᵉʳ septembre 2005.
URL : http://journals.openedition.org/amnis/1003.
DOI : https://doi.org/10.4000/amnis.1003. Consulté le 5 novembre 2025. - Janvier, Yvon. La corruption dans l’aide humanitaire en Haïti.Couleurs d’Ayiti. URL : https://couleurs-ayiti.com/articles/corruption-dans-aide-humanitaire/
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3 Comments
Très belle réflexion du Dr Janvier sur un sujet qui me tient à cœur. Mais je vois plutôt une tendance à choisir contre l’intelligence et le progrès au lieu d’une tendance à choisir les outsiders. Nord Alexis v/s Anténor Firmin, François Duvalier v/s Louis Déjoie, Jean-Bertrand Aristide v/s Marc Bazin, René Préval v/s Leslie Manigat, Michel Martelly v/s Mirlande Manigat. Comme l’a si bien dit le professeur L. Manigat : “Il y a un complot contre l’intelligence dans ce pays.” Oui, certains des candidats élus aux dernières élections ont été des outsiders (JBA, Michel Martelly et même François Duvalier, bien qu’il a été ministre et médecin populaire) mais durant les trois derniers “règnes” (Duvaliérien, Lavalassien et Tèt kale/PHTK) on ne peut pas parler d’outsiders puisque ce sont les dauphins du parti au pouvoir qui ont été “nommés”. Les remarques du Dr Janvier sont pertinentes et son argumentaire solide. Maintenant, peut-on dire que les “outsiders” ont toujours failli à la mission que leur avait confié le peuple ? Faut-il voter autrement aujourd’hui ?
Dr Wesh, votre appréciation nous touche beaucoup. Comme vous dites, J’étais tenté de l’approcher sous cet angle, celui proposé par l’illustre professeur Manigat. Mais c’est tellement évident que j’ai opté plutôt pour une autre approche, en révélant partiellement dans cette analyse ce que cache tout le bruit assourdissant des médias et des réseaux sociaux. C’est une façon de dessiller les yeux de cette élite, pour lui dire : “Voilà pourquoi le peuple vous boude et préfère à vous ceux que j’appelle les “outsiders’.” Ceux-ci, comprenant le jeu, pour pérenniser leur pouvoir, finissent toujours par faire émerger d’autres “outsiders”, des inconnus de la classe politique traditionnelle. Ce complot est constamment en oeuvre et est à peine voilé par la façon dont ils manipulent nos émotions. Ils savent que nous sommes un peuple sentimental. Pour répondre à vos deux questions 1) c’est l’évidence mème, ils ont failli, malgré quelques sursauts de bonne volonté parfois. Nous avons aussi failli comme peuple 2) Absolument. Sauf que pour ce faire, vous et moi, et d’autres comme nous, avons la responsabilité de continuer à apporter par le peu de savoir que nous possédons un rayon de lumière. Avec l’espoir qu’ils ne nous forceront pas à reprendre amèrement le refrain de Tabou Combo : ” Gade yo, Yo pa Wè Limyè a non!”.
Soyons sérieux, méthodique et rigoureux dans nos demarches reflexives. A mon avis, le premier point (b.a) de cette réflexion aurait dû être la clarification des principaux termes utilisés. On se perd dans une sorte de vaste imbroglio conceptuel et notionnel. Outsider? Peuple? Qu’est-ce qu’un outsider? A partir de quel moment et sous quelles conditions peut-on considérer qu’un peuple choisit ses dirigeants ? Passe encore pour Jovenel Moise, mais Aristide, Préval, Martelly et Muscadin sont tous des enfants et des purs produits intégrés du système. Dans un certain sens, pris en charge, nourris et façonnés tant individuellement que collectivement par le système. Comment peuvent-ils être des outsiders ? Même symboliquement. Comment un commissaire du gouvernement – investi et opérant sous couvert de la puissance publique – peut-il être un outsider? La même question pourrait être formulée a propos de tous les dirigeants considérés dans ce texte. En dehors de telles clarifications, la réflexion résonne tel un bis repetita, un ramassis de lieux communs superficiels et sans profondeur. Par ailleurs, le diagramme qui présente les proportions des résultats des « élections » contestées de 2016 n’est pas clair. L’équipe de perspective Canada semble avoir fait n’importe quoi sur ce coup.