Héritage de Dessalines et avenir d’Haïti : Retour sur une controverse

Les propos de l’économiste Etzer Émile sur Jean-Jacques Dessalines et Toussaint Louverture ont touché un point sensible. En suggérant que « Dessalines ne peut pas continuer à être notre exemple dans l’état actuel du pays », il a déclenché une vague d’indignation, mais il a surtout ouvert un débat aussi douloureux que nécessaire : quelle place notre passé glorieux doit-il occuper dans la construction de notre avenir ?

La fierté d’être la première république noire indépendante est un pilier de l’identité haïtienne. Mais la réflexion que propose M. Émile invite à se demander comment cet héritage nous sert aujourd’hui. La fierté d’un passé exceptionnel doit-elle seulement être commémorative, ou doit-elle être un moteur pour le présent ? Lorsque les résultats concrets en termes d’infrastructures, de justice et de progrès se font attendre, l’invocation du passé peut sembler être une fuite en avant.

Le débat n’est pas de manquer de respect à Jean-Jacques Dessalines ou de renier 1804. Il s’agit plutôt de questionner l’usage qui est fait de ces symboles. Lorsque les figures historiques sont utilisées pour masquer les échecs du présent ou pour éviter de faire face à une réalité (un pays sans institutions solides, sans vision claire), on peut se demander si on honore vraiment leur mémoire.

Etzer Emile, un économiste haïtien, conférencier, professeur d’Université.

Il est vrai qu’une certaine expression de l’identité haïtienne, visible lors de grands rassemblements ou de festivals, semble parfois déconnectée d’un engagement concret pour le changement au pays. Si cette fierté est une force, elle appelle aussi à une réflexion sur la manière de la transformer en action durable.

Le constat, souvent troublant, que de nombreuses infrastructures majeures encore fonctionnelles datent de l’époque des Duvalier, force à s’interroger. Sans nier le caractère répressif de cette période, cela pose une question difficile sur ce qui a été (ou n’a pas été) accompli par les générations suivantes en matière de développement et de construction nationale. Pendant que d’autres pays avancent, le débat haïtien semble parfois se figer sur des questions de mémoire, occultant les urgences du présent.

L’intervention d’Etzer Émile pourrait donc être comprise moins comme une insulte à l’histoire que comme un appel à un réveil. La vraie question qu’il nous pousse à poser est : que faisons-nous aujourd’hui qui soit à la hauteur de l’héritage de Dessalines ?

Être le premier pays noir indépendant est un fait historique, mais la liberté se conquiert et se construit chaque jour. Le courage de l’Empereur et Général Dessalines, la sagesse de Toussaint et l’intelligence de Pétion sont des valeurs qui doivent s’incarner dans l’action contemporaine.

Le commentaire du professeur Etzer Émile agit comme un miroir : il nous renvoie l’image d’un pays qui peine à réconcilier sa gloire passée avec ses difficultés présentes. Le véritable hommage à nos ancêtres n’est-il pas de faire enfin ce qu’ils ont commencé : bâtir un pays debout, organisé et prospère ?

L’enjeu n’est pas d’opposer le passé au futur ni d’oublier 1804, mais plutôt de puiser dans cet héritage la force et la responsabilité d’écrire une nouvelle page. Une page qui parlerait d’un Haïti moderne, unie et maîtresse de son destin.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Partager la publication :

Articles Similaires

Articles Similaires

Inscrivez-vous à notre newsletter