Aujourd’hui, à Jérémie, ma ville natale, la communauté catholique est bouleversée. Une jeune infirmière, Pétuelle Siméon, accuse le prêtre Marc Arthur Émile, curé de la paroisse Saint-Louis, de viol. Son témoignage, mêlant peur, douleur et désillusion, a provoqué une onde de choc dans la ville et au-delà. Bien que l’enquête n’ait pas encore confirmé les faits, cette affaire soulève des questions profondes sur la relation entre la foi, le pouvoir et la pauvreté dans la société haïtienne.
En Haïti, les prêtres sont souvent bien plus que des guides spirituels. Ils sont des repères sociaux, parfois les seuls à pouvoir offrir une aide financière, un emploi, une recommandation ou une bourse d’études. Pour beaucoup de jeunes, particulièrement des étudiantes en soins infirmiers, en éducation ou en service social, solliciter l’aide d’un prêtre est un geste de survie.
Dans un pays où plus de 60 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, la frontière entre assistance et dépendance devient fragile. Un sociologue haïtien, Frantz Dorval, l’explique : « La pauvreté crée des chaînes invisibles. Quand ta survie dépend de la générosité d’un autre, ton consentement n’est plus entièrement libre. » C’est dans ce contexte que peuvent survenir non seulement des abus, mais aussi, parfois, des malentendus tragiques où un acte de soutien est mal interprété ou instrumentalisé.
L’affaire de Jérémie s’inscrit dans une longue série de controverses qui ont ébranlé l’Église catholique à travers le monde. Certaines accusations ont révélé des crimes terribles, d’autres ont conduit à des prêtres faussement accusés, brisés avant même d’être jugés.
Au Chili (2018), plusieurs prêtres ont été reconnus coupables d’abus sexuels, poussant le pape François à admettre des erreurs graves dans la gestion des dossiers.
En Inde (2021), l’évêque Franco Mulakkal a été acquitté après avoir été accusé d’avoir violé une religieuse à plusieurs reprises. Le tribunal a conclu à un manque de preuves, rappelant les dangers d’un jugement hâtif.
En France, le cas du père Bernard Preynat, condamné pour avoir abusé de dizaines de mineurs, contraste avec celui du père Pierre Vignon, injustement accusé dans un autre contexte et victime d’un lynchage médiatique.
Ces exemples rappellent une double vérité : oui, certains prêtres abusent de leur autorité spirituelle et détruisent des vies, mais d’autres sont accusés à tort et voient leur réputation, leur vocation et leur communauté s’effondrer avant même qu’un tribunal ne se prononce.
Chez nous, en Haïti, la culture du silence reste dominante. Les victimes craignent le jugement, la honte ou la perte du soutien de leur communauté. Les institutions, de leur côté, privilégient souvent la discrétion à la transparence. Si le témoignage de Pétuelle Siméon est fondé, sa décision de parler publiquement représente un acte de courage. Mais, si l’enquête prouve le contraire, cela soulignera l’importance du respect du droit à la défense et de la lutte contre la diffamation, car dans une petite ville comme Jérémie, une rumeur peut détruire une réputation à vie.
Que le père Marc Arthur soit coupable ou innocent, cette affaire met en lumière un problème systémique : dans une société marquée par la misère, la foi devient parfois un refuge économique autant que spirituel. Pour éviter ces dérives, plusieurs pistes s’imposent :
- Mettre en place des programmes d’aide collectifs et transparents, plutôt que des aides individuelles entre prêtres et jeunes filles.
- Créer des cellules indépendantes d’écoute et d’enquête au sein de chaque diocèse.
- Promouvoir une éducation à la responsabilité émotionnelle et éthique des prêtres et des séminaristes.
À Jérémie, les fidèles sont divisés. Certains défendent le père Marc Arthur, qu’ils connaissent comme un homme de prière et de service. D’autres soutiennent la jeune infirmière, symbole d’un cri longtemps étouffé. Mais au-delà des camps, une même blessure s’impose : celle de la confiance trahie ou malmenée. Cette affaire ne concerne pas seulement un homme et une femme, mais le rapport entre la foi et la misère, entre le pouvoir et la fragilité. Tant que la pauvreté restera une porte ouverte à la dépendance, la frontière entre l’aide et l’abus demeurera dangereusement floue.
Le moment n’est-il pas venu pour le Vatican de revoir la question du mariage des prêtres ? Car peut-être que derrière bien des drames silencieux, se cache non seulement la faiblesse humaine, mais aussi le poids d’une règle millénaire devenue, pour certains, un fardeau trop lourd à porter.



One Comment
Jeremie pa janm pa Gen yon ti dife volan nan bagay legliz.