C’est dans une atmosphère de recueillement et de ferveur patriotique que s’est achevée, ce dimanche 20 septembre au Bon Repos Bar, la série d’activités commémorant la naissance du père fondateur de la nation, le général Jean-Jacques Dessalines. Organisée conjointement par les associations culturelles B-KA (Bote Kreyòl Ayiti), GRANDANS REVEYE, Ayiti Apik, CISAME, Fondation Conscience Verte, Société Dantor et Agarou, cette ultime journée visait à couronner trois jours d’intenses réflexions et de transmission historique auprès de la communauté.
La rencontre a débuté par la prise de parole du modérateur de l’événement, Cleafod Auguste. Ce dernier s’est vu contraint d’annoncer à l’assistance une nouvelle regrettable. En raison de conditions météorologiques particulièrement défavorables, la conférence tant attendue du Dr Jean Fils-Aimé n’a pas pu se tenir. Malgré ce contretemps majeur lié aux intempéries, le public présent est resté mobilisé pour poursuivre ce rassemblement mémoriel.
L’amnésie collective et la crise actuelle
Prenant le relais à la tribune, l’intervenante Marie Murielle Morné a livré un discours poignant et incisif qui a profondément marqué les esprits. Constatant une diminution de la participation par rapport à l’édition précédente, elle s’est interrogée à haute voix : le climat d’insécurité chronique et le quotidien étouffant de la population auraient-ils fini par faire oublier jusqu’à la date de naissance de « Papa Nanchon » ? Dans son analyse, elle a désigné la corruption systémique comme l’une des causes majeures du délitement social et institutionnel que traverse le pays aujourd’hui.

Pour souligner l’importance de la résistance culturelle, Mme Morné a rappelé une vérité historique frappante. Durant les cinquante années qui ont suivi l’assassinat de Dessalines, il était formellement interdit de prononcer son nom dans l’espace public haïtien. Cette amnésie d’État montre à quel point sa pensée faisait peur aux élites. Face aux crises contemporaines, l’intervenante a exhorté l’assemblée à se réapproprier d’urgence les idéaux de l’empereur, qui reposent sur six piliers inaliénables : la liberté, l’anticolonialisme, la justice sociale, l’équité, l’unité nationale et l’antiracisme.
La culture, vecteur de conscience et de résilience
À la suite de cette intervention engagée, la parole a cédé la place à l’art et à la scène avec la prestation collective du mouvement B-KA. Les membres de l’association ont offert au public une lecture scénique captivante, harmonieusement entremêlée d’interprétations musicales et de récitals de poésie. À travers des textes forts et des voix portées par la conviction, artistes et poètes ont lancé un appel vibrant à la prise de conscience, à la mobilisation citoyenne et à la solidarité nationale.

Cette soirée de clôture s’est achevée dans une émotion partagée et une conviction renouvelée. Malgré le contexte sécuritaire difficile, les désagréments climatiques et les épreuves quotidiennes subies par le pays, cet hommage à « Papa Nanchon » a réaffirmé un message essentiel : l’espoir pour le peuple haïtien reste intact et la mémoire de ses héros continue de tracer le chemin vers la dignité.


